Marine Le Pen connaîtra mercredi en fin de journée la date de la décision de la cour d’appel de Paris, a priori “à l’été”, après les dernières plaidoiries de ses avocats qui tentent d’arracher une relaxe ou, à défaut, une sanction mesurée contre celle qui joue une quatrième candidature à l’Elysée.”Il pèse sur votre cour, au-delà de dire le droit, de rejuger un dossier, de prendre en compte un calendrier politique national”, a prévenu l’un des deux avocats de Marine Le Pen, Me Rodolphe Bosselut, à l’entame de sa plaidoirie, peu avant 16H00. “Avec le respect que je vous dois, je vous le dis: ce n’est pas un cadeau”.
Lorsque l’avocat en aura fini et après qu’il sera proposé aux mis en cause de prendre la parole une dernière fois, la présidente de la cour d’appel de Paris annoncera mercredi soir la date de la décision – d’ici environ quatre mois. Puis la magistrate sera, ainsi que les deux autres magistrats qui composent la cour, en effet confrontée à une question politique: Marine Le Pen doit-elle pouvoir se présenter à l’élection présidentielle de 2027 ?
Non, ont répondu la semaine dernière les deux avocats généraux, en requérant contre elle quatre ans d’emprisonnement dont trois avec sursis et possibilité d’aménager la partie ferme sous bracelet électronique, 100.000 euros d’amende et, surtout, cinq ans d’inéligibilité. Il lui est reproché, ainsi qu’au RN (alors Front national) et dix autres cadres, d’avoir fait embaucher des assistants parlementaires pour les eurodéputés du parti, rémunérés par des fonds européens, mais dont l’activité aurait bénéficié uniquement au mouvement à la flamme.- Charles de Gaulle -Mais, pour Me Rodolphe Bosselut, la poursuite est nulle et non-avenue.
En cause, l’infraction retenue par l’accusation de “détournement de fonds publics”, selon lui impropre notamment parce que les eurodéputés ne sont pas les “ordonnateurs” de la remise des fonds. Depuis une semaine, les avocats des autres mis en cause avaient déjà contesté cette infraction. La défense de Marine Le Pen s’est également attachée à anéantir l’idée de “système”, pierre angulaire de l’accusation qui a décrit l’ex-présidente du RN comme “l’instigatrice, à la suite de son père”, de cette organisation “artisanale” devenue “industrielle”, et “qui a permis pour le compte du parti de détourner 1,4 million d’euros”.
Rodolphe Bosselut, parodiant Charles de Gaulle à propos de l’Europe: “On peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant le système, le système, le système ! C’est très accrocheur, mais c’est un détournement de fonds d’atmosphère…”Plus tôt, sa consœur Me Sandra Chirac-Kollarik avait mis en évidence que le nombre de contrats litigieux, et les sommes qui s’y rattachaient, était bien inférieur au maximum théorique que permettaient les enveloppes du Parlement européen.
Les deux avocats doivent encore développer l’absence “d’intention” de leur cliente de commettre quelque délit, tel qu’elle l’avait développé dès l’ouverture des débats, il y a un mois.- “Miracles” -Depuis, chacun a convenu que, à défaut d’un véritable changement de stratégie, ce deuxième procès s’est en tout cas déroulé dans une ambiance nettement plus apaisée que le premier, avec une présidente dont “l’écoute” a été saluée.
De quoi nourrir l’espoir, aussi mince soit-il, qu’une issue favorable est toujours possible. L’équation est simple: il lui faut n’être condamnée qu’à deux ans d’inéligibilité maximum et à une peine d’emprisonnement avec sursis. Elle n’en est pas moins ardue: les réquisitions sont peu ou prou conformes au jugement de première instance… lequel était lui aussi quasi calqué sur les premières conclusions du parquet.
Marine Le Pen a d’ores et déjà indiqué qu’elle se déciderait quant à une quatrième candidature dès l’annonce de la décision d’appel, sans attendre un éventuel arrêt de la Cour de cassation.”Je suis croyante… alors je crois aux miracles”, avait plaisanté la semaine dernière Marine Le Pen. Son visage a depuis laissé transparaître des sentiments plus graves, tant cette salle d’audience, où s’est concentrée une histoire de l’extrême droite française – Bruno Gollnisch, Wallerand de Saint-Just et, bien sûr, l’évocation régulière de Jean-Marie Le Pen – pourrait devenir le tombeau des ambitions d’une vie.
Wed, 11 Feb 2026 17:03:07 GMT
