L’Iran a mené samedi des frappes sur le Koweït et Bahreïn en riposte à des attaques américaines en dépit du cessez-le-feu, mettant encore davantage à mal des négociations qui patinent, notamment sur la question des avoirs iraniens gelés. Depuis la trêve du 8 avril, les hostilités avaient quasiment cessé entre les Etats-Unis et l’Iran. Mais elles ont récemment repris, en particulier autour du détroit d’Ormuz, voie maritime stratégique pour les hydrocarbures verrouillée par Téhéran.
Ces nouveaux échanges de tirs interviennent alors que l’équipe iranienne de football s’est envolée pour le Mexique, leur camp de base pour la Coupe du monde coorganisée par les Etats-Unis, le Mexique et le Canada. Les joueurs ont obtenu des visas pour entrer aux Etats-Unis, où ils doivent disputer leurs trois matches de la phase de groupes dont le premier le 15 juin à Los Angeles, mais l’Iran a dénoncé un “traitement discriminatoire” alors que plusieurs membres de l’encadrement n’ont pas obtenu le sésame.- “Explosions assourdissantes” -Dans le Golfe, le Koweït et Bahreïn, déjà ciblés en début de semaine, ont condamné des “agressions flagrantes” commises par l’Iran contre leur territoire, y voyant “une escalade dangereuse”.
Au cours de la nuit, les Gardiens de la Révolution iraniens avaient indiqué avoir tiré, en représailles à des frappes américaines, des missiles balistiques vers la base aérienne Ali Al-Salem au Koweït, où sont stationnés des appareils américains, et le quartier général de la Ve flotte américaine à Bahreïn.”Nous avons été réveillés par des explosions assourdissantes. Les déflagrations étaient extrêmement bruyantes.
Mes enfants étaient terrifiés, et je n’arrivais pas à les calmer”, a témoigné auprès de l’AFP Reem, une Egyptienne habitant au Koweït. Selon le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom), six missiles ont été interceptés et un septième n’a pas atteint sa cible. L’armée a aussi évoqué des drones iraniens “lancés en direction du détroit d’Ormuz”, une menace immédiate” pour le trafic maritime régional.
Les forces américaines avaient auparavant frappé des sites de radars de surveillance côtière iraniens dans la ville de Goruk et sur l’île de Qeshm, une “violation flagrante du cessez-le-feu” selon l’Iran.- “Notre argent” -Sur le front diplomatique, rien n’a filtré sur l’avancée des négociations entre Washington et Téhéran ces derniers jours.
Le conseiller militaire du guide suprême iranien, Mohsen Rezaï, parle dans un entretien à CNN d'”impasse”. Et appelle Donald Trump à “en sortir” en débloquant des fonds iraniens à l’étranger, gelés à cause des sanctions américaines.”S’il souhaite parvenir à un accord avec l’Iran, ces 24 milliards de dollars constituent un test de confiance, a-t-il dit. “C’est notre argent à nous, pas celui des Etats-Unis”.
Selon une source proche du dossier, le Trésor américain examine la possibilité que ces avoirs puissent, au contraire, servir à compenser les pays du Golfe pour les dommages causés par les frappes iraniennes. Autre point majeur de discorde, le Liban. Téhéran exige que tout accord avec Washington englobe la fin des hostilités sur le sol libanais entre Israël et le Hezbollah pro-iranien, tandis que les Etats-Unis voudraient traiter les deux dossiers séparément.
Samedi, le chef de l’armée libanaise est parti rencontrer son homologue au Pakistan, principal médiateur dans les pourparlers entre les Etats-Unis et l’Iran.”Le Liban est une partie essentielle de ces négociations”, a souligné une source proche du dossier. Le ministre pakistanais de l’Intérieur, Mohsen Naqvi, est lui arrivé à Téhéran, où il doit notamment rencontrer le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi.
Au Liban, où la trêve en vigueur depuis le 17 avril n’a jamais été respectée, les combats et frappes se poursuivent malgré l’annonce mercredi, à l’issue d’une quatrième session de négociations entre le Liban et Israël à Washington, d’un nouvel accord de cessez-le-feu – rejeté par le Hezbollah comme le précédent. Trois soldats libanais ont été tués dans une attaque israélienne sur leur véhicule, qui a été condamnée par le président Joseph Aoun.
Il s’en était pris la veille à l’Iran sommée de cesser d’intervenir dans les affaires de son pays. Par ailleurs, l’armée israélienne a annoncé samedi soir la mort de deux de ses soldats à la suite des combats qui l’opposent dans le sud du Liban au mouvement islamiste libanais Hezbollah. Le Hezbollah a entraîné début mars le Liban dans la guerre, en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué dans une offensive israélo-américaine.
Les frappes israéliennes de représailles ont fait plus de 3.560 morts depuis le début du conflit, selon le dernier bilan des autorités. Côté israélien, 27 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban.bur-apz-mdh-lb/vla
Sat, 06 Jun 2026 21:11:13 GMT
