Ouganda: au tribunal mardi, l’ombre du fils de Museveni, qui accroit son emprise sur le pays
La justice d’Ouganda examine mardi plusieurs affaires portant l’empreinte de l’autorité grandissante sur le pays du chef de l’armée, Muhoozi Kainerugaba, fils du chef de l’Etat, lequel reste silencieux face aux récents oukases de celui qui se présente ouvertement comme son héritier et dauphin. Le procès pour trahison de Kizza Besigye, un opposant au président Yoweri Museveni, a repris à Kampala.
Accusé d’avoir comploté “pour renverser par les armes le gouvernement” ougandais, il est emprisonné en Ouganda depuis son enlèvement au Kenya en 2024. Les débats ont notamment commencé autour d’une plainte de M. Besigye, contre Muhoozi Kainerugaba et trois gradés de l’armée qu’il accuse de multiples violations de ses droits : notamment son enlèvement, sa détention au secret et des menaces de mort lancées par le chef de l’armée sur X.
L’opposant a également dénoncé mardi l’absence de ses deux principaux avocats: Erias Lukwago, inculpé de “non-dénonciation de trahison” pour avoir été au courant du complot reproché à son client et emprisonné et l’ex-ministre kényane de la Justice Martha Karua déclarée persona non grata en Ouganda et renvoyée au Kenya. L’audience a été rapidement suspendue.
Attendu mardi devant un autre tribunal, Erias Lukwago, ancien maire de Kampala, n’a pu comparaître pour raison médicale et les débats ont été ajournés au 7 juillet. Muhoozi Kainerugaba s’est vanté sur X d’avoir, le 15 juin, fait “capturer” M. Lukwago chez lui par des militaires avant de le garder “dans ses sous-sols”, se réjouissant à l’avance des “souffrances” qu’il allait lui infliger.
Ce jour-là, M. Lukwago devait justement remettre au chef de l’armée la plainte de M. Besigye à son encontre. Muhoozi Kainerugaba, qui s’est également félicité d’avoir “expulsé (lui)-même” Mme Karua et s’en prend aussi, régulièrement sur X, à des groupes de défense des droits humains, dont l’un, Agora, est convoqué mardi par la police. Ce week-end, le chef de l’armée s’est aussi vanté d’avoir fait fermer des journaux, radios et chaîne de télévision ougandais d’un groupe de presse indépendant, dont les bureaux et les studios ont été bouclés par des militaires.
Le groupe Nation n’a reçu aucune notification, a indiqué au Comité pour la protection des journalistes (CPJ), sa directrice générale, Susan Nsibirwa, désormais dans la clandestinité, ajoutant que les sites internet et réseaux sociaux des médias restaient actifs. Dans un bref communiqué, le gouvernement ougandais a cru bon d’indiquer mardi que les médias étaient visés par une enquête “déclenchée” par le président Museveni.- “inaptes” -La veille, le président de la commission des affaires étrangères du Sénat américain, Jim Risch, avait estimé que “les attaques contre la liberté d’expression du général Kainerugaba” rendaient l’Ouganda et son armée “inaptes” à être des “partenaires” de Washington.”En Ouganda, je ne crois PAS à la liberté de la presse !” et aucun de ces médias “ne rouvrira sans ma permission”, avait écrit Muhoozi Kainerugaba.
Dans cette avalanche quotidienne de tweets devenus sa marque de fabrique – souvent incendiaires, parfois lunaires, alternant menaces physiques contre ses adversaires, obsession pour la chanteuse Beyoncé et autocélébration – “Muhoozi”, 52 ans, a plusieurs fois affirmé qu’il succéderait à son père, âgé de 81 ans, au pouvoir depuis 40 ans. Si en 2022, M. Museveni avait sanctionné son fils pour avoir menacé d’envahir le Kenya voisin, son récent silence suscite des interrogations.
On a longtemps pris ses menaces à la légère, explique Gerald Walulya, professeur de journalisme à l’Université de Makerere à Kampala, “pour la première fois, on le voit capable de montrer du pouvoir sans aucune forme de modération de la part de son père”. Que M. Museveni “soit silencieux est surprenant, ce qui peut être interprété comme un signe d’approbation”, explique-t-il à l’AFP.- “ambivalence” -“Le plus dérangeant c’est le silence de Museveni”, mais aussi “l’ambivalence du fils, qui semble agir de son propre chef tout en affirmant travailler sous les ordres de son père”, note Yusuf Serunkuma, chercheur ougandais en sciences politiques.
Les observateurs estiment depuis longtemps que M. Museveni prépare son fils, diplômé de l’école britannique d’officiers de Sandhurst et à la tête de l’armée depuis 2024, à lui succéder.”Ougandais, m’aimez-vous? Voteriez-vous pour moi?”, demandait en juin sur X, ayant désormais son propre parti politique, la Ligue patriotique d’Ouganda (PLU). Il avait affirmé qu’il se présenterait à la présidentielle de janvier 2026, avant de renoncer et de laisser son père remporter un 7e mandat.
Malgré ses 1,3 million d’abonnés sur X, la popularité réelle de Muhoozi en Ouganda – où la liberté d’expression est toute relative – est inconnue. M. Walulya craint que l’espace de liberté des Ougandais se rétrécisse encore plus sous la direction du chef de l’armée. D’autant que le principal opposant ougandais, le populaire ex-chanteur Bobi Wine, menacé de mort par Muhoozi, a quitté le pays après la présidentielle de janvier.str-rbu-er-jcp/ayv/lth/djb
Tue, 30 Jun 2026 18:19:31 GMT
