Fronde étudiante en Inde : le ministre de l’Education finit par démissionner
Le ministre indien de l’Education Dharmendra Pradhan a démissionné samedi, au sixième jour de la fronde des étudiants qui exigeaient son départ en raison d’une série de fraudes aux examens universitaires, un départ acclamé comme une victoire par les protestataires. Confronté à sa plus sérieuse crise politique depuis sa réélection il y a deux ans, le Premier ministre Narendra Modi, qui s’est bâti une image d’homme fort depuis son arrivée à la tête de l’Inde en 2014, n’a eu d’autre choix que de céder aux exigences de la rue.”Pour que la nation reste unie et que les étudiants ne soient pas pris au piège de difficultés juridiques, qu’ils se concentrent sur leurs études et leurs carrières, j’ai décidé de présenter ma démission au Premier ministre”, a annoncé le ministre Pradhan sur son compte X.”Nous l’avons fait !”, s’est aussitôt réjoui sur Instagram Abhijeet Dipke, le fondateur du “parti du peuple des cafards” (CJP), un mouvement en ligne qui s’est imposé comme la voix de la contestation.”Ce n’est que le début.
Nous ne nous arrêterons pas là”, a-t-il promis, sans donner immédiatement de détails sur la suite qu’il entend donner à la contestation. Sitôt l’annonce du départ du ministre, les milliers de manifestants qui campent jour et nuit depuis lundi sur l’esplanade de Jantar Mantar, au coeur de la capitale indienne New Delhi, ont éclaté de joie.”Dieu merci il a démissionné et je suis ravie !”, s’est exclamé au milieu de la foule Sumina Thapa, une étudiante de 21 ans. “J’espère désormais que ce sera une bonne chose pour notre pays et pour notre jeunesse”.- “Victoire de la démocratie” -“Nous avons mené ce combat avec anxiété, avec crainte”, a renchéri une autre étudiante, Srishti, 23 ans, “c’est une excellente nouvelle pour toute l’Inde”.
Leur colère a explosé après les fraudes massives qui ont entaché en mai un examen national d’accès aux études de médecine auquel se sont présentés plus de 2 millions de candidats. Selon les médias locaux, son annulation a causé le suicide d’une vingtaine d’étudiants. La police a réprimé lundi à coups de bâton et de gaz lacrymogènes une manifestation de plusieurs dizaines de milliers de jeunes qui se dirigeaient vers le Parlement pour exiger la démission du ministre Pradhan.
Les violences ont fait 180 blessés selon la police, “plusieurs centaines” selon les manifestants. La liste des doléances des jeunes protestataires s’est depuis allongée, des difficultés à trouver un emploi dans un pays qui afiche pourtant une croissance spectaculaire aux méthodes jugées autoritaires de Narendra Modi.”C’est une victoire de la démocratie (…) une victoire de la paix, de la patience et de la persévérance”, a salué samedi sur X Sonam Wangchuk, une figure de la société civile indienne qui a mené une longue grève de la faim en solidarité avec les contestataires.
Le chef de l’opposition parlementaire Rahul Gandhi a lui aussi salué leur victoire. “Bien joué les étudiants, nous sommes fiers de vous”, s’est réjoui sur X le dirigeant du parti du Congrès, qui a pris fait et cause pour eux.- “Grand coup pour Modi” -Longtemps muet face à la contestation, Narendra Modi n’est sorti de son silence que jeudi en promettant des sanctions “sévères” contre les auteurs de fraudes aux examens.
Son gouvernement a adopté vendredi en conseil des ministres un projet d’amendement législatif qui permet “la mise en place de procédures judiciaires accélérées et des sanctions sévères” pour les tricheurs. Il doit être discuté rapidement au Parlement. A deux reprises, le chef du gouvernement ultranationaliste hindou a tenté de désamorcer les critiques en s’adressant aux étudiants par vidéo sur les réseaux sociaux.
Vendredi soir pour les remercier de leurs “contributions positives”.”L’image de Modi a pris un grand coup” pendant cette crise, a estimé l’analyste Nilanjan Mukhopadhyay samedi auprès de l’AFP. “Le gouvernement n’a eu finalement d’autre choix que de reculer”, a-t-il ajouté, mais “la façon dont il a été ridiculisé ces derniers jours est sans précédent”.
Le gouvernement n’a fait aucun commentaire après l’annonce du départ du ministre de l’Education.”Pour être honnête, la démission de Dharmandra Pradhan ne va pas tout résoudre”, a confié samedi une manifestante, Saumya, “mais c’est un pas vers la démocratie, car pour l’heure la démocratie n’existe pas”.
Sat, 25 Jul 2026 11:49:31 GMT
