Mayotte: Lecornu lance un “choc” de reconstruction, sur fond de tensions politiques

“Il faut se bouger”. Sébastien Lecornu a lancé jeudi à Mayotte un “choc” des mises en chantier pour accélérer la reconstruction de l’archipel après le dévastateur cyclone Chido, sur fond de tensions politiques et de campagne présidentielle.”Il faut se bouger, il ne faut pas forcément bavasser” pour avoir “d’autres gymnases comme ça”, a affirmé le Premier ministre aux côtés du maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaïla, lors de la visite d’une salle de sport flambant neuve à Mamoudzou, lors de sa deuxième et dernière journée dans ce département le plus pauvre de France.

Après le passage du cyclone Chido sur Mayotte en décembre 2024, qui a fait au moins 40 morts et détruit de nombreuses habitations, une loi de programmation a été votée en août 2025, mais beaucoup de projets peinent à voir le jour. La reconstruction “prend beaucoup trop de temps (…) et ça crée évidemment beaucoup de désespoir que je mesure”, a-t-il admis la veille devant l’Assemblée de Mayotte, désireux de “lever les blocages”.

Pour doper les mises en chantier, le Premier ministre a indiqué que l’Etat accorderait une plus grande proportion (60% au lieu de 30) d’avances financières aux collectivités, après avoir proposé de “revoir la gouvernance” de la reconstruction en associant davantage les maires et en étoffant l’équipe préfectorale avec un nouveau sous-préfet.- Gouvernement de “mission” -Si le Premier ministre a défendu un “gouvernement de mission” qui n’est “pas en campagne électorale”, il n’a pas échappé à la tension politique sur l’archipel, sur fond de campagne présidentielle.

Les candidats à la présidentielle, comme Edouard Philippe la semaine dernière, ont commencé à se presser sur ce territoire de tradition musulmane où Marine Le Pen a obtenu 59% des suffrages au second tour de la présidentielle 2022. Elle sera encore la favorite dans l’archipel au printemps prochain. Sébastien Lecornu a été accueilli mercredi par des manifestants qui réclamaient une hausse des salaires.

Leur petit cortège a été dispersé par les forces de l’ordre et un syndicaliste a été placé en garde à vue. Le cabinet de M. Lecornu a reçu jeudi matin l’intersyndicale, ainsi que les organisations patronales et associatives. A la sortie du conseil départemental, la députée Liot (indépendante) Estelle Youssouffa a laissé éclater sa colère contre la “com'” d’un gouvernement venu “les mains vides”, et promis de voter à nouveau la censure du gouvernement.- “Reconduites” -Mathilde Panot, cheffe de file des députés Insoumis, a accusé le gouvernement de vouloir “jeter des gens à la mer” en proposant de “militariser” la lutte contre l’immigration clandestine, autre gros enjeu pour le département ultramarin.”Laisser entendre que le rôle de nos armées serait de +jeter des gens à la mer+ est une infamie”, lui a rétorqué sur X Sébastien Lecornu, désireux de “protéger les équipes de l’Etat” sans toutefois se “mêler de politique partisane”.

Le Premier ministre s’était attaqué à son arrivée à la lutte contre l’immigration irrégulière, venue majoritairement des Comores voisines mais plus récemment également des pays des Grands Lacs. Il a notamment annoncé que la France conditionnerait l’aide publique au développement pour les Comores et plusieurs pays africains (Burundi, Tanzanie, République démocratique du Congo, Rwanda, Somalie et Kenya) à une meilleure collaboration “dans la lutte contre les passeurs” et “la capacité de reprendre les étrangers en situation irrégulière”.

Entouré de six ministres dont ceux de la Défense et de l’Intérieur, Sébastien Lecornu entend aussi engager une “militarisation” de la lutte contre l’immigration irrégulière, avec un recours aux drones et à des ballons captifs pour surveiller les approches, et davantage de navires intercepteurs. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a visité jeudi le camp de Tsoundzou 2, où vivent dans une grande précarité entre 1.500 et 2.000 demandeurs d’asile, en provenance des pays africains des Grands Lacs.

Si le camp est démantelé, comme le réclament les élus mahorais, “ils se remettront ailleurs”, a affirmé M. Nunez à la sortie du camp, en rappelant la volonté du gouvernement de réenclencher “des procédures de reconduites” avec les pays d’origine qui devront être “plus conciliants”. Sur l’eau, autre dossier prégnant à Mayotte, où les familles subissent régulièrement des coupures, Sébastien Lecornu a promis un plafonnement des prix des bouteilles.

Et s’est dit ouvert à l’idée d’une recentralisation temporaire de la “compétence eau” au sein de l’Etat si les collectivités le demandent. Le monde économique sera par ailleurs soutenu via une prolongation d’une année dans le département d’un dispositif de CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), pour un coût de 40 millions d’euros.

Le ministre de l’Education Edouard Geffray a lui annoncé que 308 classes supplémentaires seront disponibles à la rentrée 2027, dont 89 d’ici la Toussaint.

Thu, 27 Aug 2026 17:21:27 GMT