Décès de Tung Chee-hwa, premier dirigeant de Hong Kong après la rétrocession
Le premier dirigeant de Hong Kong après la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine en 1997, Tung Chee-hwa, est mort à l’âge de 89 ans, a annoncé mercredi son bureau. Tung Chee-hwa “s’est éteint paisiblement en présence des membres de sa famille” mardi, indique le communiqué, qui salue son “engagement indéfectible” et son “intégrité”.
Très proche de Pékin, qui l’a salué mercredi comme un “patriote” et un “ami proche du Parti communiste”, Tung Chee-hwa reste une figure clivante à Hong Kong, où certaines de ses politiques avaient déclenché d’importantes manifestations. Cet ancien magnat du transport maritime, choisi par Pékin pour devenir le premier chef de l’exécutif hongkongais après la rétrocession, avait démissionné en 2005 au terme d’un mandat tumultueux.
Son successeur Donald Tsang s’est dit “empli de tristesse”, décrivant Tung comme “un homme affable, doux et raffiné, doté d’une grande ouverture d’esprit et d’une vision à long terme”. Le consulat général britannique à Hong Kong a estimé qu’il avait joué un “rôle historique” en tant que premier chef de l’exécutif après la rétrocession.”Le Royaume-Uni a travaillé étroitement et de manière constructive avec son administration pour mettre en oeuvre les engagements communs pris dans la Déclaration commune sino-britannique”, a-t-il ajouté.
Cet accord conclu en 1984 prévoyait qu’après son retour sous souveraineté chinoise, Hong Kong conserverait pendant cinquante ans son système juridique et économique, une partie de ses libertés ainsi qu’un haut degré d’autonomie, sauf en matière de défense et de politique étrangère, conformément au principe “un pays, deux systèmes”. Le consulat américain a pour sa part souligné le “rôle déterminant” joué par Tung dans le renforcement des relations “pendant une période de profonde transition”.- Crises économique et sanitaire -Reconnaissable à ses cheveux gris coupés en brosse et connu pour son soutien au club de football de Liverpool, Tung Chee-hwa était né à Shanghai le 29 mai 1937 dans l’une des plus riches dynasties chinoises du transport maritime.
Selon sa biographie officielle, sa famille avait déménagé à Hong Kong en 1947. Diplômé en 1960 de l’Université de Liverpool, au Royaume-Uni, en génie maritime, il avait travaillé aux Etats-Unis avant de rejoindre l’entreprise familiale à Hong Kong en 1969. En 1985, Tung avait intégré un comité chargé de contribuer à la rédaction de la Loi fondamentale, la mini-Constitution qui régit Hong Kong depuis sa rétrocession à la Chine.
Jouissant de la confiance des dirigeants de Pékin, il avait ensuite été choisi comme premier dirigeant de Hong Kong sous souveraineté chinoise. Les premières années de son mandat avaient coïncidé avec la crise financière asiatique, un chômage record et un effondrement du marché immobilier qui avait durement frappé de nombreux habitants. Son administration avait également été critiquée pour sa gestion défaillante d’une épidémie de grippe aviaire en 1997, puis de l’épidémie meurtrière de syndrome respiratoire aigu sévère (Sras) en 2003.
Plus d’un demi-million de Hongkongais étaient descendus dans la rue en juillet 2003 contre un projet de loi sur la sécurité nationale présenté par son gouvernement, qui devait notamment réprimer la trahison ou la sécession, mais que ses opposants jugeaient menaçant pour les libertés publiques. Le gouvernement avait été contraint de suspendre le texte, mais les manifestations organisées chaque 1er juillet, date anniversaire de la rétrocession, étaient ensuite devenues un rendez-vous annuel.
Cette mobilisation avait ouvert la voie à plusieurs années de manifestations prodémocratie à Hong Kong, jusqu’au vaste mouvement de 2019, qui avait finalement conduit Pékin à imposer une loi sur la sécurité nationale encore plus draconienne. En décembre 2004, Tung et son gouvernement avaient été publiquement tancés par le président chinois de l’époque, Hu Jintao, en raison de leurs mauvais résultats.
Tung avait quitté ses fonctions en 2005, deux ans avant la fin de son second mandat, en invoquant des problèmes de santé. Son adjoint Donald Tsang lui avait succédé.- “Exécutant” de Pékin -Tung était réputé pour sa capacité à changer de registre et à adapter son discours à ses interlocuteurs de Chine continentale, de Hong Kong ou de l’étranger. A mesure que sa popularité s’effondrait et que grandissaient les inquiétudes quant à l’avenir de la liberté d’expression, ses détracteurs l’avaient affublé d’un surnom cantonais jouant sur son nom et signifiant “le vieux Tung à l’esprit confus”.
Nombre de ses politiques avaient imprimé leur marque sur le développement de Hong Kong après la rétrocession. Certaines, notamment le renforcement des liens économiques avec la Chine continentale, avaient aussi alimenté au fil des ans un profond ressentiment de ces concitoyens. La suppression du système des conseils urbains, qui existait depuis plus d’un siècle, avait été critiquée pour avoir considérablement réduit la capacité de la population à demander des comptes aux responsables publics.
Andrew Shum, ancien responsable du Syndicat professionnel des enseignants de Hong Kong, aujourd’hui dissous, a estimé sur les réseaux sociaux que Tung avait été “un exécutant” de la vision de Pékin. Après sa démission, Tung avait exercé les fonctions de vice-président du principal organe consultatif politique chinois et était demeuré une figure tutélaire des affaires hongkongaises.
Il s’était largement retiré de la vie publique ces dernières années et avait été absent de nombreuses cérémonies officielles, notamment celles organisées chaque 1er juillet pour commémorer la rétrocession.
Wed, 09 Sep 2026 15:25:41 GMT
