Lycéens et étudiants ont repris les blocages mardi, avec l’appui inattendu de la militante suédoise Greta Thunberg, et ont dans certaines villes commencé à manifester, le gouvernement espérant néanmoins une décélération du mouvement à l’approche des vacances scolaires. Des manifestations, à l’appel des organisations lycéennes et étudiantes, ont débuté dans la matinée à Nantes, Lens (Pas-de-Calais), Lyon, Strasbourg ou encore à Marseille au cri de “La lutte, la lutte, jusqu’à la victoire”.
Dans le cortège nantais, une banderole “Ecoles sans argent, pays sans avenir” et des pancartes marquées “Gouvernement inefficace, la jeunesse fait face” ou encore “Enseignants en colère” étaient visibles.”C’est un ras-le-bol commun entre lycéens, étudiants, travailleurs et c’est ça qui (…) continue de nous motiver : on n’est pas seuls”, se réjouit Mariolino, 16 ans, élève de terminale défilant à Nantes. A Paris, où plusieurs lycées et universités ont été bloqués avant l’aube, des cortèges commençaient aussi à se former avant une manifestation à 14H00 de la place d’Italie aux Invalides. Un appel à une autre manifestation, de l’Hôtel de ville vers Matignon, non déclarée, circule sur les réseaux. “Au départ on nous ignorait, mais maintenant que ça prend de l’ampleur on est plus écoutés, c’est pour ça qu’on est là”, explique Lola, 16 ans, en première au lycée Colbert, à Lyon, où les manifestants commençaient à défiler. Des organisations lycéennes et étudiantes demandent depuis plusieurs jours à être reçues par le Premier ministre Sébastien Lecornu. A l’appel de cet acte V, l’Union syndicale des lycéens exige toujours la suppression de Parcoursup et un plan de 10 milliards d’euros pour les lycées. – “Décrue” – Dans la matinée, la militante écologiste Greta Thunberg est venue apporter son appui aux manifestants devant le lycée Paul-Eluard de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), un des épicentres du mouvement. “On nous vole notre avenir” et “les écoles ne reçoivent pas les investissements dont elles ont besoin”, a-t-elle déclaré, keffieh sur les épaules, devant une centaine de jeunes.
Mais “nous n’allons pas abandonner”, a-t-elle poursuivi, se disant “fière des étudiants français”. A ses côtés, une vingtaine d’avocats venus organiser une “chaîne en robe pour protéger les lycéens” d’éventuelles violences policières. Dans le Rhône, sept établissements étaient perturbés en début de matinée, mais aussi plusieurs universités et grandes écoles, selon la préfecture. Des blocages ou perturbations ont également été constatés par l’AFP devant plusieurs établissements à Montpellier, Rennes, Marseille ou encore Bayonne.
Globalement, quelque 200 lycées devraient être fermés ce mardi, selon le ministre de l’Education Edouard Geffray qui a évoqué sur France Inter une “décrue par rapport aux semaines précédentes”. A Rennes, la mobilisation a débuté avant l’aube devant le lycée Jean-Macé. Lily, élève de terminale, craint que la mobilisation ne “s’essouffle”. Mais “le 17 octobre va raviver le mouvement”, veut croire Albane, également en terminale.
Les manifestants espèrent faire la jonction avec la mobilisation “contre la vie chère”, prévue samedi au premier jour des vacances de la Toussaint. Et “la majorité des gens sont prêts à recommencer après les vacances”, assure Simon, 16 ans, en première au lycée Saint-Charles de Marseille. De son côté, le gouvernement dit constater une décélération du mouvement. – “Intimidant” – Mais si le “mouvement recule nettement”, les “violences s’intensifient”, a estimé le ministère, avec encore “au moins huit personnels” de l’Éducation nationale blessés lundi. La mobilisation doit se faire “dans le calme, dans l’ordre et dans le respect à la fois des personnes et des biens”, a demandé lundi le président Emmanuel Macron.
Le déploiement policier constaté devant le lycée Louis-de-Foix à Bayonne par une journaliste de l’AFP semblait témoigner de cette volonté de maintien de l’ordre. Lucia, 16 ans, et Stella, 15 ans, ont jugé ces moyens “disproportionnés” et ce déploiement de force “intimidant”. A Marseille, le maire DVG Benoît Payan a de son côté mis à disposition des protestataires des “salles municipales où ils pourront se réunir, débattre, organiser leur mouvement de manière démocratique et apaisée”.
Démarré mi-septembre en région parisienne, le mouvement de grogne des lycéens s’est étendu partout en France. Après avoir privilégié une réponse de maintien de l’ordre face à la multiplication de scènes de violence et d’affrontements, le gouvernement a graduellement commencé à présenter des réponses plus politiques, sans convaincre. Édouard Geffray a promis que 3.000 professeurs remplaçants allaient être déployés en urgence dans les lycées où la situation est la plus critique.
Ces professeurs, “s’ils n’étaient pas déjà devant des élèves, pourquoi ? Et sinon, où est-ce qu’ils les trouvent?”, s’interroge Abel, 16 ans, en première, interrogé alors qu’il défile à Nantes. Dans le cortège lyonnais, Ema, 16 ans, en première au lycée Jean-Paul Sartre à Bron (Rhône) remet aussi en cause leur compétence : “En première, année du bac de français, la remplaçante de la prof de français est une prof d’histoire-géo !”, s’insurge-t-elle. Sébastien Lecornu a indiqué que le gouvernement déposerait des amendements au projet de budget pour 2027 reprenant “certaines propositions formulées” sur la plateforme de concertation lancée à l’adresse des lycéens. burs-ber-cal/ito/asm
Tue, 13 Oct 2026 09:55:15 GMT
