Albanie : sixième jour de manifestations à Tirana, Rama refuse de démissionner
La police a utilisé du gaz lacrymogène et des canons à eau face à des centaines de manifestants rassemblés pour la sixième journée consécutive dimanche à Tirana afin de demander le départ du Premier ministre Edi Rama, qui a exclu de démissionner, a constaté l’AFP. La capitale albanaise est depuis mardi le théâtre de violentes manifestations auxquelles ont participé des milliers de personnes protestant contre les conditions d’étude dans les universités, les frais d’inscription élevés et la corruption.
Des centaines de protestataires se sont regroupés dimanche à la mi-journée devant le ministère de l’Éducation, appelant le chef du gouvernement à démissionner. La police est intervenue pour repousser la foule à l’aide de canons à eau et de gaz lacrymogène, puis les manifestants se sont éparpillés dans le centre-ville où ont éclaté des affrontements qui ont duré plusieurs heures.
Des protestataires ont incendié des poubelles, brisé des vitres, y compris au siège du Parti socialiste au pouvoir, et mis le feu à un commissariat de police ainsi qu’à l’entrée du ministère de l’Intérieur. Les heurts se sont étendus aux principaux boulevards et places où des manifestants ont lancé des pierres, des cocktails Molotov et tiré des feux d’artifice, tandis que la police a répliqué avec des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène, selon un journaliste de l’AFP.
Des ambulances ont précipitamment été envoyées pour récupérer les blessés. Albert Nushi, du département de la sécurité publique de la police, a déclaré que le commissariat numéro 3 de Tirana avait été attaqué avec des cocktails Molotov et des engins pyrotechniques qui ont mis en danger à la fois les policiers et les personnes détenues dans les cellules.”Une attaque contre un commissariat n’est pas une manifestation.
La violence contre les policiers, les attaques contre les institutions et les actions qui mettent en danger des vies humaines ne peuvent pas être tolérées”, a-t-il ajouté. Il a appelé les manifestants à rester à l’écart des individus masqués responsables des violences et à se “rassembler de manière pacifique”. Selon le ministère de la Santé, 28 personnes, soit 19 policiers, quatre manifestants, un journaliste et quatre passants, ont été blessées dimanche.
Avant la manifestation, les boutiques et les institutions du centre-ville avaient sécurisé leurs portes et leurs fenêtres avec des volets métalliques, tandis que les employés municipaux avaient retiré les pavés pour empêcher les manifestants de s’en servir. Dans une vidéo de plus d’une heure diffusée plus tôt dans la journée, M. Rama a exclu toute démission, répétant que les manifestations sont “l’œuvre d’une main extérieure”.
Selon le service de presse fédéral autrichien, la visite officielle qu’il devait effectuer lundi en Autriche où il devait être reçu par le chancelier Christian Stocker a été annulée par la partie albanaise. L’écrivaine et militante Lura Elezi, 38 ans, a dit à l’AFP qu’elle manifestait pour “une vie meilleure, l’État de droit et contre la criminalité et la corruption”.”J’aime mon pays mais mon gouvernement ne nous respecte pas — il nous défie.
Chaque citoyen doit assumer la responsabilité de son pays, en prenant sur lui le devoir de diriger, d’aimer et de ne pas détruire sa propre nation”, a-t-elle ajouté. – Bâtiments incendiés – Tirana a connu samedi les violences les plus importantes depuis le début du mouvement. Des manifestants ont lancé des pierres, des cocktails Molotov, des objets métalliques et des engins pyrotechniques en direction de la police. Ils ont mis le feu à des voitures et à des poubelles et en ont fait des barricades pour bloquer les policiers.
Pendant la nuit qui a suivi, plusieurs bâtiments, dont un tribunal, des banques et un bureau de poste, ont été incendiés ou gravement endommagés. La police a tiré samedi des balles en caoutchouc contre les manifestants pour la première fois depuis que le mouvement a commencé, ont constaté des journalistes de l’AFP. Depuis mardi, 272 personnes ont été blessées, dont 169 policiers, a dit le gouvernement.
L’ambassade des États-Unis a appelé samedi soir sur X au “calme” et à la “retenue des deux côtés”, exhortant les citoyens à “exercer leur droit de protester de manière pacifique, sans violentes émeutes”. Dans une déclaration écrite, la Commission européenne a “condamné le recours à la violence”, soulignant que la réponse aux violences “doit rester proportionnée”.”Dans un pays candidat fermement engagé dans le processus d’accession à l’UE (…), les griefs doivent être traités par un dialogue constructif et d’une manière pacifique”, a-t-elle souligné.
Ces troubles interviennent après plusieurs mois de manifestations antigouvernementales en Albanie initialement déclenchées par un projet de complexe touristique controversé lié à la famille du président américain Donald Trump.
Sun, 18 Oct 2026 19:55:37 GMT
