Route du Rhum : “A un moment, ça va finir par passer”, espère Le Cléac’h

 La Route du Rhum, Armel Le Cléac’h, 49 ans, la connaît depuis “tout petit” mais n’a jamais réussi à la remporter. A nouveau sur la ligne de départ dimanche, le skipper breton espère dans un entretien à l’AFP que, cette fois, “ça va finir par passer”. QUESTION : Quel est votre premier souvenir de la Route du Rhum ? REPONSE : “C’est une course mythique, que je connais depuis tout petit à travers la passion familiale de la voile.

En 1986, j’étais allé voir le bateau (Royale II, ndlr) de Loïc Caradec à Saint-Malo avec mes parents. C’était impressionnant, on ne voyait que lui. Et un soir, j’apprends en rentrant de l’école la disparition du catamaran de Loïc Caradec, dont on n’avait plus de nouvelles. J’avais 9 ans, j’avais vu le bateau et aperçu le marin. Et là, il avait disparu.” Q : C’est aussi une course qui ne vous a pas beaucoup souri…R : “Oui, même si j’ai réussi à faire deuxième sur monocoque, en 2010.

En multicoque, c’est plus compliqué : il y a eu un forfait en 2014, un bateau qui a cassé (chavirage en 2018) et une avarie sur la dernière édition, en 2022. J’y retourne cette année avec Banque Populaire. C’est un objectif principal parce que c’est une course qui n’a lieu que tous les 4 ans : les occasions sont rares. Tous les grands noms de la voile sont passés par là, c’est aussi quelque chose que j’aimerais remporter un jour.

Il ne me reste pas forcément quinze occasions, donc je sais que celle-là est importante. Il va falloir être au rendez-vous.” Q : Ces déconvenues ne vous ont pas découragé ? R : “Jamais ! Il faut toujours se relever de ses échecs. Le Vendée Globe, j’en ai fait trois, je les ai tous terminés sur le podium, dont une victoire. La Route du Rhum, je me dis qu’à un moment donné, ça va finir par passer.” Q : Qui sont vos principaux concurrents ?

R : “On va être beaucoup de favoris, parce qu’on a tous des atouts différents. Il y a un vrai plateau de qualité, avec des marins et des bateaux qui sont fiabilisés, expérimentés. Avec huit Ultim au départ, on est cinq à pouvoir prétendre à la victoire. Ça va être hyper ouvert et hyper indécis. On regarde bien sûr ce que font les autres, mais aujourd’hui, je pense que les dés sont jetés. On a tous fait nos choix stratégiques d’évolution de bateau.

Après, il faudra faire avec ses armes.” Q : Comment gère-t-on son sommeil sur une course en solitaire ? R : “Je fais des siestes de 30-40 minutes. L’idée c’est d’accumuler entre trois et cinq heures de sommeil sur 24 heures, sachant que les premières 24 heures, on ne dort pas beaucoup. La première journée, c’est sortie de Manche, beaucoup de manœuvres, beaucoup de trafic, donc une veille quasi permanente et un sommeil qui sera très, très léger. Après, ça va beaucoup dépendre de la météo.

Dès que le bateau sera sur une allure stable, avec un vent relativement stable, qu’il n’y a pas de manœuvres d’ici 2 ou 3 heures, on peut aller se reposer. Pour gérer un bateau comme ça, en solitaire, on est tout le temps en anticipation. On n’a pas le droit à l’erreur, on n’a pas de joker.”Q : Pourquoi la gestion du sommeil est-elle si importante ? R : “Parce que c’est un élément de performance.

Les manœuvres sur ces bateaux-là sont très physiques. Donc ça puise dans l’énergie et dans la lucidité du marin. Et on nous demande d’être vraiment vigilant, parce que ces machines vont très vite. On passe vite de 15 nœuds de vitesse à 40 nœuds. Et si on est complètement crevé ou pas du tout concentré, c’est là que l’accident peut arriver.” Q : Que redoutez-vous le plus ?

R : “L’aléa qu’on n’a pas anticipé. On ne maîtrise pas totalement un risque de collision avec quelque chose qui flotte dans l’eau. Quand on est rentré l’année dernière des Antilles, on a tapé un conteneur. Malgré les moyens de détection, il était entre deux eaux et on a un safran qui s’est cassé. C’est quelque chose qui fait partie, malheureusement, des règles du jeu.

Ça arrive rarement, mais ça peut arriver.” 

Thu, 29 Oct 2026 08:01:03 GMT