Au sommet du Commonwealth, Charles III dit son “horreur” face à l’esclavage

Le roi Charles III a exprimé mardi son “horreur” face à l’esclavage, qu’il a qualifié d'”injustice monstrueuse”, en ouvrant un sommet des dirigeants du Commonwealth, dont certains réclament des excuses et des réparations pour le rôle du Royaume-Uni dans la traite transatlantique.”Ce chapitre honteux de l’histoire remplit mon cœur d’horreur et mon âme de la plus profonde tristesse”, a déclaré le souverain britannique et chef du Commonwealth à Antigua-et-Barbuda, disant vouloir “travailler à corriger les erreurs du passé en agissant pour l’avenir”.”Nous ne pouvons pas changer les actes de ceux qui nous ont précédés.

Nous pouvons toutefois en tirer des leçons”, a-t-il ajouté, reconnaissant que la traite transatlantique “projette encore son ombre sur ces îles et sur d’autres membres du Commonwealth”.”Et pourtant, l’histoire nous enseigne aussi que le mal n’est pas tenu d’avoir le dernier mot ; que la force de caractère et le courage peuvent se conjuguer pour vaincre les injustices les plus monstrueuses, comme ce fut le cas avec la détermination de mettre fin au commerce international de personnes réduites en esclavage, dans lequel la Royal Navy a joué un rôle si important”, a ajouté Charles III.

Le roi effectue une tournée de neuf jours dans les Caraïbes qui l’a aussi mené au Guyana, un déplacement pendant lequel il a reconnu “les grandes souffrances du passé” dans ces territoires. – Dialogue sur le passé – Mais une action politique du Royaume-Uni ne peut venir que du gouvernement, a souligné le palais de Buckingham, rappelant la position constitutionnelle de neutralité du souverain.

Les déclarations de Charles III interviennent alors que le Premier ministre britannique, Andy Burnham, présent au sommet à St. John’s, mène des discussions avec les dirigeants du Commonwealth au sujet de la présentation d’excuses officielles. Environ 10 à 15 millions de personnes ont été emmenées d’Afrique vers les Amériques pour y être réduites en esclavage, sur une période de quatre siècles.

M. Burnham, qui a pris ses fonctions en juillet, a annoncé ces derniers jours vouloir ouvrir un “dialogue structuré” avec les pays du Commonwealth, dans le but d’aboutir à l’expression d’excuses officielles. Le chef de gouvernement travailliste a toutefois écarté la perspective de réparations financières, comme le demandent plusieurs dirigeants de cette organisation composée de 56 pays, essentiellement d’anciennes colonies britanniques.

Dans son discours, prévu vers 17h30 GMT, il doit annoncer que le Royaume-Uni entend “façonner une nouvelle ère pour le Commonwealth, tout en restant ouvert aux discussions sur le passé”, selon un communiqué de Downing Street. Andy Burnham a évoqué cette proposition de dialogue et les “prochaines étapes” avec la Première ministre de la Barbade, Mia Mottley, lors d’un entretien bilatéral mardi, toujours selon Downing Street, qui précise que la dirigeante a apporté son “soutien” à cette démarche.”Aucun Premier ministre britannique n’est jamais allé aussi loin auparavant”, a également salué durant le week-end Philip Pierre, Premier ministre de Sainte-Lucie et président du Caricom, organisation qui rassemble les pays des Caraïbes, ajoutant qu’elle est prête à s'”engager” dans ce dialogue.”Nous recevrions des excuses formelles de l’État britannique comme un moment d’une importance historique.

Mais des excuses sans réparation sont incomplètes”, a-t-il ajouté. – Restructuration de la dette – Dans une tribune publiée samedi dans le Guardian, Andy Burnham a appelé à “regarder le passé en face”, mais a fermé la porte à des compensations financières. “Je ne pense pas que les Britanniques d’aujourd’hui puissent être tenus pour responsables de torts historiques, aussi odieux soient-ils, qui se sont produits à une autre époque, en vertu de lois différentes, et auxquels ils n’ont pas pris part personnellement”, a-t-il souligné.”La justice réparatrice n’a jamais porté sur la culpabilité individuelle.

Elle concerne la responsabilité des États et des institutions — et cette responsabilité n’expire pas avec le passage des générations”, a insisté M. Pierre. Sur le plan financier, le dirigeant travailliste propose de travailler à une restructuration de la dette des pays les plus pauvres du Commonwealth, qui souffrent de la hausse des taux d’intérêt. Et il appelle les créanciers privés et les bailleurs hors pays du G7 à contribuer à cet effort.

Le Royaume-Uni va également présider deux groupes de travail pour doper les échanges commerciaux au sein du Commonwealth et sécuriser l’approvisionnement en minerais critiques. Et Londres prévoit de mobiliser 40 millions de livres (48 millions d’euros) en faveur de projets d’infrastructures dans les Caraïbes, a annoncé Downing Street.

Tue, 03 Nov 2026 16:15:22 GMT