Crise bancaire au Paraguay : l’opposition veut destituer le président
La crise bancaire au Paraguay, après la mise sous tutelle d’une importante banque liée par le passé au président Santiago Peña, a pris mercredi une tournure politique, avec le dépôt au Parlement d’une demande de destitution du chef de l’Etat. Des députés de divers courants d’opposition ont présenté au Parlement une demande de procédure de destitution, accusant le président, entre autres, de “mauvais exercice de ses fonctions” et de “conflit d’intérêts”.
Mauricio Espinola, député dissident du parti conservateur au pouvoir, a indiqué à l’AFP que la demande avait recueilli les 35 signatures requises de parlementaires, et été remise au président de la Chambre des députés. Une session extraordinaire doit l’examiner jeudi matin. Des centaines de personnes se sont rassemblées mercredi soir dans la capitale Asunción, après de premières manifestations la veille, ont constaté des journalistes de l’AFP. “C’est l’argent de notre retraite et on ne sait pas si on va pouvoir le toucher”, a dénoncé auprès de l’AFP Teresa Montiel, médecin de 50 ans.
Pour formellement lancer une procédure de destitution, la demande doit être adoptée par 53 des 80 députés. Il revient ensuite au Sénat de se prononcer. Elle requerrait le vote de 30 des 45 sénateurs. Le parti Colorado (conservateur) du président Peña, au pouvoir depuis 2023, détient la majorité dans les deux chambres, mais a connu des dissensions internes. La crise a éclaté mardi avec la prise de contrôle par la Banque centrale du Paraguay (BCP) d’une importante entité financière du pays, Ueno Bank, qui revendique 2,94 millions de clients, privant des millions d’épargnants d’accès immédiat à leur dépôt.
La BCP expliquait être intervenue après avoir observé que le ratio de solvabilité de Ueno était passé sous le seuil de 50% requis. – Loi expresse de versements – Quelques heures plus tard, le président de la BCP, Carlos Carvallo, qui avait par le passé dirigé cette même Ueno Bank avant de prendre la tête de la Banque centrale en 2023, a annoncé sa démission, réclamée par le président Peña.
Le chef de l’Etat de 47 ans, un ancien ministre des Finances, a été par le passé lié à Ueno : jusqu’en 2025, il a détenu des actions, acquises avant sa présidence, dans une holding qui contrôlait cette banque. Dans une vidéo publiée sur la plateforme X mercredi, le président Peña a voulu rassurer : “le système financier est solide. Il dispose d’institutions et de mécanismes de protection”.
La Banque centrale a de son côté démenti des rumeurs d’interventions de sa part dans le système financier. Dans un communiqué, elle “réaffirme que le système financier national maintient des niveaux adéquats de solvabilité et de liquidité”. En l’espace de 24 heures, le Parlement a adopté une loi expresse, promue par Santiago Peña, qui prévoit de premiers versements d’avances, “dès les prochaines 24 heures”, à des épargnants lésés par la crise Ueno.
Ces avances pourront atteindre jusqu’à l’équivalent de “40 salaires mensuels minimum”, selon la loi publiée par le chef de l’Etat sur X. Soit 121 millions de guaranis (près de 20.000 dollars). La demande de destitution de l’opposition vise aussi le vice-président, Pedro Alliana. La crise d’Ueno “n’est pas un accident”, a accusé mercredi le député Espinola. “C’est un échec du gouvernement du président Santiago Peña et de la direction de la Banque centrale.
Les signaux étaient visibles depuis 2024, une banque qui croissait à une vitesse qu’aucune banque saine ne connaît”, a-t-il estimé. Un sénateur d’opposition, Ever Villalba, sondé sur la probabilité d’une destitution, a dit sur la chaîne ABC-TV sentir “une perception favorable” en ce sens, mais a estimé, à propos du Parti Colorado, que “ces gens disposent de nombreux leviers économiques”.str-mry/pbl/esp/ial/ms/bfi
Thu, 05 Nov 2026 06:54:58 GMT
