A nouveau sous pression dans l’affaire Mandelson, Starmer face aux députés

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, sous le feu des critiques, doit s’expliquer lundi devant les députés au Parlement, pour tenter d’apaiser la colère déclenchée par un nouvel épisode dans l’affaire Mandelson. Le dirigeant travailliste, très impopulaire, peine à mettre fin à cette crise et fait face une nouvelle fois à des appels à démissionner. Keir Starmer est fragilisé depuis plusieurs mois en raison de sa décision de nommer Peter Mandelson ambassadeur à Washington, avant de le limoger en septembre dernier, l’accusant d’avoir “menti de manière répétée” sur l’étendue de ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein.

L’affaire a rebondi jeudi quand le journal The Guardian a révélé que le ministère des Affaires étrangères avait accordé une habilitation de sécurité à Peter Mandelson pour ce poste en janvier 2025, malgré un avis défavorable du service chargé de contrôler ses antécédents. Keir Starmer a affirmé ne pas avoir été informé de cet avis défavorable avant mardi dernier, déclenchant aussitôt des accusations de mensonge contre lui.”Au mieux, il a fait preuve d’une négligence irresponsable; au pire, il a été tout à fait malhonnête.

Il est temps que la vérité soit faite, toute la vérité et rien que la vérité”, a fustigé lundi la cheffe de l’opposition conservatrice Kemi Badenoch sur X. Comme d’autres dirigeants de l’opposition, elle a appelé à la démission du Premier ministre, arrivé au pouvoir en juillet 2024 avec une très large majorité. En février, ce dernier avait déclaré devant les députés que “toutes les procédures requises” avaient été respectées lors de l’examen du dossier de Peter Mandelson.

Keir Starmer a promis de présenter “tous les faits dans une transparence totale” lundi devant la Chambre des communes, où il va faire une déclaration vers 14H30 GMT avant d’être interrogé par les députés. Le chef du gouvernement a jugé vendredi “totalement inacceptable” et “impardonnable” de ne pas avoir eu toutes les informations, affirmant aussi que ses ministres et Downing Street avaient été laissés dans l’ignorance.”Si le Premier ministre avait su que le service chargé des vérifications de sécurité avait émis un avis négatif sur son habilitation, il n’aurait pas nommé Peter Mandelson”, a déclaré un porte-parole de Keir Starmer lors d’un point de presse. – Bouc émissaire -Le Premier ministre reproche aux services du ministère des Affaires étrangères d’avoir autorisé la nomination malgré cet avis défavorable. Quelques heures après les révélations du Guardian, jeudi soir, Keir Starmer a limogé le plus haut fonctionnaire à la tête des services diplomatiques, Olly Robbins.

Ce dernier pourra donner sa version des faits mardi, quand il s’exprimera devant une commission parlementaire. Plusieurs anciens hauts fonctionnaires ont accusé Keir Starmer d’avoir fait d’Olly Robbins un bouc émissaire, tandis que son équipe gouvernementale a pris la défense du Premier ministre. Le ministre chargé des Affaires écossaises, Douglas Alexander, a rappelé que Keir Starmer avait déjà reconnu que la nomination de Peter Mandelson avait été une “erreur”.

Le Premier ministre avait présenté ses excuses à ce propos en février.”Le raisonnement” qui a conduit au choix initial de Peter Mandelson, plutôt que celui d’un profil plus traditionnel de diplomate, “était que l’administration Trump était une administration atypique et qu’un ambassadeur atypique pourrait remplir cette mission pour le Royaume-Uni”, a expliqué M.

Alexander, ajoutant que “cette appréciation était erronée”. David Lammy, qui était chef de la diplomatie lors de cette nomination, a affirmé ne pas avoir eu connaissance non plus de l’avis défavorable. Keir Starmer avait été prévenu du “risque réputationnel” posé par les liens de Peter Mandelson avec Jeffrey Epstein avant de le nommer, selon des documents officiels publiés en mars.

L’affaire Mandelson a déjà coûté leurs postes au chef de cabinet de Keir Starmer et à son directeur de la communication. Le travailliste est confronté à 61% d’opinions défavorables selon le dernier sondage YouGov.”S’il était au courant, c’est vraiment grave. S’il ne l’était pas, il aurait dû l’être (…) il aurait dû demander” quel était l’avis sur l’habilitation de M.

Mandelson, estime Andrews Connell, un dentiste à la retraite de 59 ans interrogé par l’AFP à Londres. Lyndia Shaw, 73 ans, partage cet avis, jugeant Starmer “désespérant”. A l’inverse, un autre retraité de 67 ans, Duncan Moss, dit qu’il serait “très inquiet si Starmer devait partir”, le qualifiant de “dirigeant très expérimenté”. Si le travailliste parvient à convaincre les députés lundi, le répit risque d’être de courte durée: il s’apprête à affronter début mai des élections locales qui s’annoncent très difficiles pour le Labour.

Mon, 20 Apr 2026 13:10:17 GMT