Avec la canicule, le risque de prolifération des cyanobactéries dans les zones de baignade
Elles adorent “les plans d’eau, un peu de lumière et les fortes chaleurs”: indispensables à la vie mais potentiellement toxiques, les cyanobactéries pourraient proliférer dans les zones de baignades prisées des Français avec la canicule, observe le chercheur de l’Inrae Christophe Laplace-Treyture. Vieilles de plus de trois milliards d’années, ces bactéries “capables de faire de la photosynthèse”, comme les plantes, sont “à l’origine de tout l’oxygène atmosphérique présent sur Terre” et ont été “nécessaires à la vie”, raconte cet ingénieur de recherche en hydrobiologie et phycologie.
Ces organismes “microscopiques” se distinguent par leur couleur bleutée, – d’où ils tirent leur nom (cyan) – lorsqu’ils se développent en masse à la surface “des lacs, des cours d’eau ou des eaux saumâtres”. Cette prolifération survient à partir du printemps “lors des périodes très chaudes” et “très ensoleillées”, quand les eaux avoisinent les 30°C, explique le chercheur basé en Gironde, où la température des lacs a grimpé en flèche ces derniers jours en même temps que celle de l’air (autour de 40°C et même plus, de dimanche à jeudi).
Il n’y a alors “aucune solution miracle pour les éradiquer. Ce sont des organismes vivants qui étaient là avant nous et le seront encore après. On ne peut que s’en accommoder et limiter nos impacts”, car leur présence peut être également amplifiée par les nutriments – phosphore et azote – rejetés par les eaux usées et les activités humaines (agriculture, industrie et urbanisation).- Toxines -“Plus compétitrices” que les autres espèces du milieu, les cyanobactéries vont alors “prendre le dessus sur le reste du phytoplancton” et proliférer aux dépens “d’autres algues facilement consommées par le zooplancton et des poissons” et finir par “déséquilibrer” la biodiversité, détaille ce spécialiste des écosystèmes aquatiques.
Mais c’est surtout leur capacité à “produire des toxines” qui entraîne les fermetures par les agences régionales de santé (ARS) de dizaines de plans d’eau douce de baignade surveillées, sur les 1.200 que compte le pays, alors que 55 personnes sont mortes noyées, en cherchant à se rafraîchir, parfois dans des zones interdites à la baignade, depuis le début de l’épisode caniculaire en France.
Ces familles de “cyanotoxines” peuvent entraîner des problèmes de peau (démangeaisons, dermatite), de digestion (vomissements, diarrhée) ou, avoir des impacts neurotoxiques, sur le cerveau, détaille le chercheur. Encore très “peu documentés” par la recherche, ces cas de troubles neurologiques doivent toutefois “se compter sur les doigts d’une main”, ajoute M.
Laplace-Treuture tandis qu’une étude parue en 2017 dans la revue Archives of Toxicology avait identifié seulement six cas de décès humains dans le monde liés à la contamination aux cyanobactéries depuis 1960. Des cas de décès d’animaux, notamment de chiens nageant dans les lacs, sont régulièrement “associés” aux cyanobactéries, mais seule une autopsie, rarement réalisée, peut le prouver, explique l’ingénieur.
Sat, 27 Jun 2026 06:28:36 GMT
