Brésil : premier débat entre Lula et Bolsonaro, une semaine avant le second tour

Le président brésilien de gauche Lula et le conservateur Flavio Bolsonaro s’affrontent lors de leur premier débat, au soir d’un dimanche de mobilisation des deux camps à une semaine d’un second tour qui s’annonce serré. Faisant mentir les sondages, le sénateur Bolsonaro, 45 ans, a remporté le premier tour de l’élection présidentielle le 4 octobre avec 47% des voix, contre 45% pour Luiz Inacio Lula da Silva, 80 ans.

Leur première confrontation directe est très attendue: avant le premier tour, Lula avait refusé de débattre avec le fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022). Avant qu’ils ne se retrouvent face à face dans le studio de la chaîne de télévision Band à Sao Paulo, les partisans de Flavio Bolsonaro se sont retrouvés dans la capitale économique, drapés des couleurs jaunes et vertes du drapeau brésilien.”Il ne reste plus que sept jours avant que le Brésil se débarrasse du PT”, a promis le candidat conservateur à la foule, en référence au Parti des travailleurs de Lula.”Le pays est dans une situation catastrophique.

Pour arriver à la fin du mois ou acheter quoi que ce soit, il faut cumuler deux ou trois emplois”, a déclaré à l’AFP pendant ce meeting Sara Machado, 36 ans. D’après le comptage de chercheurs de l’Université de Sao Paulo, basé sur des images aériennes prises par des drones, le rassemblement a attiré environ 71.000 personnes. À Rio de Janeiro, le légendaire musicien Caetano Veloso, icône du camp progressiste, a convoqué une “manifestation pour la démocratie” aux côtés de dizaines d’artistes le long de la plage de Copacabana.

Sur l’une des autres plages de la ville, des baigneurs ont formé le nom de Lula dans l’eau.”Je pense que c’est l’élection la plus importante de l’histoire du Brésil. Réélire Lula est essentiel. Flavio Bolsonaro fait partie d’un clan familial autoritaire et fasciste. Il est indispensable que tout le monde descende dans la rue et soutienne la candidature de Lula”, a déclaré Marcel Bosa, 61 ans.- Lula accuse Meta d'”ingérence”-Apathique jusqu’à la claque du premier tour, la gauche a depuis multiplié les rassemblements, avec les étudiants et les mouvements sociaux en fers de lance.

Ces manifestations parfois massives misent surtout sur le refus d’un retour de l’extrême droite au pouvoir, avec des slogans comme “Bolsonaro plus jamais”. Un sondage de l’institut Datafolha publié cette semaine donne au sénateur 51% d’intentions de vote, contre 49% pour le président sortant. L’écart s’est réduit de deux points et les deux prétendants se retrouvent techniquement à égalité, vu la marge d’erreur.

Dans l’entourage de Lula règne un climat d'”espoir prudent”, même si l’ampleur du défi est dans tous les esprits, a indiqué vendredi une source gouvernementale. Le chef de l’État, qui brigue un quatrième mandat non consécutif, a réorienté sa stratégie. Il a renforcé son offensive sur les réseaux sociaux avec l’aide de jeunes influenceurs fraîchement élus députés. Il a aussi accusé Meta d'”ingérence” dans les élections pour avoir restreint ses contenus sur Instagram et WhatsApp.

Son équipe a demandé samedi une enquête pour savoir si le camp Bolsonaro avait été favorisé par le géant de la tech. L’entreprise américaine a démenti tout parti pris. Tout en reconnaissant des ratés – comme la “désactivation par erreur” de spots de campagne de Lula –, elle a soutenu qu’il s’agissait d'”incidents” techniques.- “Opportunisme électoral” -Le champion de la gauche a engrangé une victoire politique cette semaine avec l’adoption par le Parlement d’une réforme constitutionnelle garantissant deux jours de repos par semaine au lieu d’un seul. Flavio Bolsonaro, qui s’était prononcé contre, a fini par voter pour cette mesure populaire dans l’opinion.

Il l’a fait par “opportunisme électoral”, a lancé le président sortant.”Lula trompe les gens pour obtenir des voix. Moi non, je travaille avec la vérité”, a répliqué le candidat conservateur. Dans le même temps, ce dernier a durci son discours de fermeté contre la criminalité, principale préoccupation des Brésiliens: “Ceux qui pensent que je suis radical en matière de sécurité publique n’ont encore rien vu”, a-t-il assuré.

Le fils aîné de Jair Bolsonaro promet aussi de faire libérer son père, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État pour avoir voulu s’accrocher au pouvoir après sa défaite électorale il y a quatre ans.

Sun, 18 Oct 2026 23:17:19 GMT