Les Palestiniens de Cisjordanie et d’autres de Gaza votent samedi pour désigner leurs maires et conseillers municipaux, premières élections depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, sur fond de désillusions et de choix politiques limités. Près de 1,5 million de personnes sont inscrites sur les listes électorales en Cisjordanie occupée, et 70.000 dans la zone de Deir el-Balah (centre de Gaza), les deux régions concernées, selon la Commission électorale centrale, basée à Ramallah. Des images de l’AFP prises dans la matinée à Al-Bireh, en Cisjordanie, et à Deir el-Balah montrent des électeurs arrivant au compte-gouttes dans les bureaux de vote. A 13H00 locales (10H00 GMT), la participation s’établissait à 24,53%, selon la commission électorale. “J’appelle tous les électeurs à se rendre aux urnes et à voter, compte tenu de l’importance de ce scrutin pour notre peuple palestinien”, a déclaré le chef de la commission, Rami Hamdallah, lors d’une conférence de presse.
Dans la bande de Gaza, ravagée par plus de deux ans de guerre et où la population, massivement déplacée, reste en proie aux pénuries en tout genre, “ces élections sont symboliques, mais je les vois comme l’expression de notre volonté de vivre”, déclare à l’AFP Mohammed al-Hasayna, 24 ans. “Nous méritons d’avoir notre propre Etat”, ajoute-t-il après avoir voté à Deir el-Balah. “Nous voulons que le monde nous aide à surmonter la catastrophe de la guerre”. Déclenché par l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, le conflit a fait plus de 72.000 morts, selon le ministère de la Santé du territoire, dont les chiffres sont jugés fiables par l’ONU.
Un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025 est entaché de violences quotidiennes. – “Occasion importante” -En Cisjordanie, également en proie à une flambée de violences, Khalid Eid, 55 ans, a voté à al-Bireh, dans l’espoir d’un renouvellement. “Nous ne pouvons pas changer la situation, mais nous espérons (…) des gens qui seront peut-être meilleurs”, dit-il à l’AFP.
Les conseils municipaux gèrent des services essentiels comme l’eau, l’assainissement et les infrastructures locales, sans pouvoir législatif. Faute d’élections présidentielles et législatives depuis 2006, ils restent l’une des rares institutions démocratiques fonctionnelles sous l’Autorité palestinienne. Celle-ci fait face à des accusations de corruption, et les bailleurs de fonds conditionnent de plus en plus leur soutien à des réformes visibles, notamment au niveau de la gouvernance locale.
Pour le Coordonnateur spécial adjoint de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, Ramiz Alakbarov, le scrutin est “une occasion importante pour les Palestiniens d’exercer leurs droits démocratiques, à un moment particulièrement difficile”. L’Union européenne a salué une “étape importante vers une démocratisation plus large et un renforcement de la gouvernance locale”. – Aucune liste du Hamas -La plupart des listes sont alignées avec le Fatah, le parti nationaliste du président Mahmoud Abbas, au pouvoir depuis 2005 ou sans étiquette. Aucune ne se réclame du Hamas, le rival islamiste du Fatah qui contrôle près de la moitié de la bande de Gaza.
Certains aspirants candidats ont affirmé n’avoir pas pu se présenter, dont Mohammad Dweikat à Naplouse. Il a assuré à l’AFP que des personnes sur sa liste avaient été retenues en détention jusqu’à la fin de la période d’inscription. “Indépendants ou venant d’un parti, les candidats ne changeront rien à la ville”, se désespère Mahmoud Bader, homme d’affaires votant à Tulkarem (nord de la Cisjordanie). “C’est l’occupation qui dirige”, dit-il à l’AFP, alors qu’Israël a pris le contrôle de deux camps de réfugiés voisins depuis plus d’un an. Les bureaux de vote fermeront à 19H00 (16H00 GMT) en Cisjordanie, et à 17H00 à Deir el-Balah, pour permettre un dépouillement à la lumière du jour, faute d’électricité. A Naplouse, où une seule liste est en lice, une femme devrait être élue à la tête de la mairie pour la première fois.
La Cisjordanie a connu des élections municipales en 2017 et en 2021-2022. Mais à Gaza, contrôlée par le Hamas depuis 2007, il s’agit des premières depuis les législatives de 2006 remportées par le mouvement islamiste. Pour l’expert en sciences politiques Jamal al-Fadi, de l’université Al-Azhar au Caire, l’Autorité palestinienne entend avec le scrutin à Deir el-Balah y mesurer son influence, faute de sondages récents.
Sat, 25 Apr 2026 12:03:05 GMT
