Ethiopie: les forces fédérales patrouillent dans Mekele, les rivaux inquiets réunis en Egypte

L’armée fédérale éthiopienne et une milice tigréenne alliée contrôlent dimanche Mekele, capitale de l’Etat régional du Tigré, suscitant désormais les craintes d’une extension du conflit hors d’Ethiopie, notamment chez ses rivaux réunis à El-Alamein en Egypte. Après des mois de tensions, les combats ont repris fin septembre dans le nord de l’Éthiopie entre d’une part l’armée fédérale, et d’autre part le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) qui dirigeait de fait le Tigré depuis avril, et les milices Fano de l’État voisin de l’Amhara.

L’Éthiopie accuse l’Érythrée, l’Égypte et les Forces armées soudanaises (SAF) de soutenir le TPLF, sur fond de rivalités dans la Corne de l’Afrique, autour notamment de la mer Rouge, voie maritime stratégique. L’Éthiopie est de son côté accusée de servir de plateforme de soutien aux paramilitaires des Forces de soutien rapides (FSR) que les SAF affrontent depuis 2023 au Soudan.

L’Égypte considère en outre son grand barrage sur le Nil (Gerd) comme une “menace existentielle”, et le gouvernement somalien voit d’un mauvais œil son rapprochement avec le Somaliland, région de Somalie autoproclamée indépendante depuis 1991. Réunis dimanche à El-Alamein en Egypte, en marge d’une réunion de l’Union africaine (UA), les présidents égyptien Abdel Fattah al-Sissi, érythréen Issaias Afeworki et somalien Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que le chef des SAF Abdel Fattah al-Burhane, ont notamment évoqué les récents “développements dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge”.

Ils ont rappelé leur engagement à “régler les différends par des moyens pacifiques” et “souligné la nécessité” dans la Corne de l’Afrique de “respecter le droit international, les principes de bon voisinage et la non-ingérence dans les affaires internes des États”, a indiqué la présidence égyptienne dans un communiqué. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a déclaré dimanche à des médias proches de l’’État que le Caire n’avait “absolument rien à voir” avec les événements en Éthiopie, qualifiant les troubles de ” crise intérieure” due aux divisions ethniques et politiques du pays.  – Washington inquiet – Entrée dans le sud du Tigré lundi, l’armée fédérale éthiopienne, épaulée par la Force de paix du Tigré (TPF), milice affiliée à une faction dissidente du TPLF ayant rallié le gouvernement fédéral, est entrée samedi sans combats dans Mekele, désertée par les forces des autorités rebelles tigréennes.

La prise de la capitale du Tigré, État régional que les forces éthiopiennes ne contrôlent pour l’heure qu’en partie, ne marque pas la fin du conflit, certains observateurs craignant désormais qu’il ne s’étende hors d’Ethiopie.”Le prochain, c’est le dictateur érythréen”, a d’ailleurs affirmé dimanche à l’AFP un responsable de la faction dissidente du TPLF, désignant l’Érythrée comme la prochaine cible.

Les États-Unis ont averti dès samedi que les tensions actuelles entre Ethiopie et Erythrée, historiquement rivales, “pouvaient potentiellement affecter” toute la Corne de l’Afrique et ont exhorté les deux pays à “respecter l’intégrité territoriale” de leurs voisins. L’Éthiopie et l’Érythrée – ex-colonie italienne ensuite annexée par l’Éthiopie, devenue indépendante en 1993 après trois décennies de lutte armée – se sont affrontées entre 1998 et 2000 lors d’un conflit à grande échelle, autour notamment de différends frontaliers.

En prenant la tête de l’Éthiopie en 2018, Abiy Ahmed s’était rapproché d’Issaias Afeworki, président de l’Érythrée depuis l’indépendance en 1993, ce qui lui a valu l’année suivante le prix Nobel de la paix. Mais les relations se sont à nouveau profondément dégradées depuis, sur fond notamment de velléités répétées de M. Abiy de doter son pays enclavé d’un accès souverain à la mer Rouge, dont l’a privé l’indépendance érythréenne. – Guérilla – Vendredi, l’Éthiopie a accusé l’Érythrée d’actes “d’hostilité et de belligérance”, entraînant la rupture leurs relations diplomatiques.

L’Éthiopie a expulsé le même jour un diplomate égyptien, l’Égypte répondant par une mesure similaire. Quelques heures auparavant, des explosions, causée par des drones selon des observateurs, avaient touché deux bâtiments de l’armée à Addis Abeba, la capitale fédérale, cible pour la première fois depuis longtemps d’une action militaire dont certains observateurs craignent désormais qu’elle se renouvelle.

Dimanche à Mekele, les combattants de la TPF gardent les principaux bâtiments officiels et des militaires éthiopiens patrouillent en ville, a décrit à l’AFP un journaliste local. Les télécommunications, quasiment coupées depuis la reprise des hostilités, sont rétablies. Les échoppes sont restées fermées dimanche, de nombreux commerçants ayant mis leurs stocks à l’abri, pour les protéger des pillages qui ont été constatés pendant que la ville était sans forces de sécurité.

Les autorités rebelles du Tigré ont indiqué dimanche avoir “temporairement déménagé” de Mekele face à l’avancée éthiopienne, pour permettre à leurs forces de poursuivre le combat. Dans une vidéo publiée jeudi soir, le président du TPLF Debretsion Gebremichael avait déjà semblé prôner un basculement vers la guérilla.”Notre stratégie est de frapper l’ennemi où nous voulons”, a-t-il déclaré, rappelant que le TPLF avait déjà chassé “dans le passé” les forces gouvernementale hors du Tigré, en référence au conflit, très meurtrier, l’ayant déjà opposé au gouvernement fédéral de M.

Abiy entre 2020 et 2022. Un accord avait fait taire les armes fin 2022, mais plusieurs dispositions-clés n’ont jamais été mises en œuvre, alimentant les tensions.

Sun, 04 Oct 2026 21:45:51 GMT