Ils ont un rencard hebdomadaire : manifester contre Trump

“On est en couple grâce à lui, c’est la seule chose qu’il ait faite de bien !” Chaque lundi, des dizaines de personnes se postent le long d’un boulevard d’Allentown (est des États-Unis) pour crier silencieusement leur opposition à Donald Trump. Il est bientôt midi. Yvette Kuhns a apporté un grand bac en plastique rempli de dizaines de pancartes. “À bas les data centers de Trump”, “Baissez les coûts de l’énergie”, “Les coupes budgétaires tuent”…Les rectangles en carton, qui s’accumulent au gré de son humeur et de l’actualité, sont en libre-service pour ses camarades, qu’elle considère désormais comme “(s)a famille”.

Depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, ils manifestent chaque semaine dans cette petite ville de Pennsylvanie, à proximité des discrets bureaux de Ryan Mackenzie, membre de la majorité présidentielle à la Chambre des représentants. Ils espèrent que le député républicain, élu d’une courte tête en 2024, sera balayé par une vague démocrate lors des élections du 3 novembre.

Une quarantaine de personnes sont venues ce jour-là. Le dispositif est toujours le même : les manifestants, surtout des retraités, se plantent de chaque côté de la route, tendent leurs messages en direction des automobilistes pendant une heure, et repartent.”Je viens avec une pancarte différente quasiment chaque semaine”, décrit Lynn Long, 72 ans. “Je veux que les gens voient ces messages, que ceux qui l’ont soutenu (Donald Trump) s’interrogent” et commencent à se détourner de lui.”Je vis dans un coin très, très conservateur, entourée d’agriculteurs”, poursuit la retraitée. “Je ne sais pas s’ils ont changé d’avis.

Je l’espère, mais j’en doute.” – “L’énergie de continuer” – Son amie Kim Maniscalco dit avoir “essayé au début” de parler politique avec ses proches républicains. “Ils n’écoutent pas.”Ils ne lui diraient pas même s’ils changeaient d’avis sur le président, “par fierté”, suppose-t-elle. Nombre d’automobilistes klaxonnent en signe de soutien, le pouce levé. “Parfois ils font plutôt un doigt d’honneur”, remarque Tim Gruber, 68 ans et “88 semaines” à manifester sur place. “Je suis tellement habitué que je leur souris en retour, ça les énerve.”À quelques mètres de là, une station-service affiche l’essence à 4,39 dollars le gallon (3,93 euros pour 3,8 litres), nettement plus qu’avant le début de la guerre contre l’Iran déclenchée en février par le président américain.

Lynn Long trouve “honteux” que des soutiens de Trump commencent à s’en distancer “seulement parce que leur budget familial est touché” par ses politiques.”Maintenant ça les intéresse”, grince-t-elle, estimant qu’ils auraient dû s’émouvoir avant du sort “d’autres êtres humains”, “affreusement traités” par les services de l’immigration.

Daniel Nickisher explique rester aux aguets, au cas où un véhicule essaierait de les faucher.”Je ne reconnais pas mon pays”, souffle le psychologue à la retraite. Il pense néanmoins que le vent tourne, que l’étiquette Trump devient lourde à porter dans le camp républicain. La meilleure illustration, selon lui, c’est que ses cousins qui “adorent Donald Trump” n’ont cette fois-ci placé aucune pancarte partisane sur leur terrain à l’approche des élections.

Tout juste octogénaire, Daniel Nickisher confie avoir rencontré Kim Maniscalco via cette manifestation hebdomadaire en bord de route. Les retraités sont ensemble depuis 14 mois, “grâce à Trump”, sourit-il.”Quand on vient ici, au milieu de ces gens adorables qui veulent la même chose, ça donne vraiment l’énergie de continuer”, explique sa compagne.

Fri, 16 Oct 2026 07:19:31 GMT