Inde : Abhijeet Dipke, le leader des “cafards” qui défie la puissante commission électorale

Communicant ultramoderne, Abhijeet Dipke, arrêté samedi avant une grande manifestation, s’est imposé comme le visage de la dissidence en Inde en lançant le mouvement des “cafards”, qui défie la puissante Commission électorale après avoir déjà forcé le gouvernement de Narendra Modi à un inhabituel recul. Orateur en jeans et T-shirts, l’homme de 31 ans à la barbe noire maîtrise parfaitement le langage des réseaux sociaux, mêlant militantisme, mobilisation de rue et satire, à l’image du nom de son mouvement, le Cockroach Janta Party (CJP, parti du peuple des cafards).

Ce diplômé de l’université de Boston (Etats-Unis) a fait sien ce terme utilisé par le président de la Cour suprême, qui avait comparé les jeunes chômeurs à ces insectes.”Comment le garant de la constitution peut-il comparer la jeunesse à des cafards et des parasites, simplement parce qu’elle exprime ses opinions et critique le système ?” demandait M. Dipke dans un entretien à l’AFP en juillet.

Dans la foulée il a posté sur X : “Et si tous les cafards s’unissaient ?” Des dizaines de milliers de personnes se sont inscrites dès le premier jour, avant l’explosion : le CJP compte désormais plus de 25 millions d’abonnés sur son compte Instagram, dépassant celui du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP), de plus de 15 millions d’abonnés. Ancien stratège en communication pour le parti d’opposition Aam Aadmi Party (gauche), Abhijeet Dipke prend soin de se présenter moins comme un politicien classique que comme un catalyseur de la colère populaire.

Son mouvement est porté en grande partie par la génération Z, née au tournant du XXIe siècle, révoltée par le chômage, les scandales autour des examens et ce qu’ils perçoivent comme des institutions corrompues. Les cafards se sont déjà largement étendus au-delà des réseaux sociaux, le mouvement a à plusieurs reprises mis le gouvernement à l’épreuve et entraîné des milliers de jeunes partisans dans les rues. – “Nous n’avons pas peur de vous” – Le CJP a manifesté contre les irrégularités présumées dans les concours d’entrée en médecine en Inde, qui ont conduit quelques étudiants au suicide, forçant la démission du ministre de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, en juillet, un des rares reculs du Premier ministre Narendra Modi depuis son arrivée au pouvoir en 2014.

La nouvelle campagne d’Abhijeet Dipke vise la Commission électorale (ECI), accusée par le CJP et d’autres groupes d’opposition d’avoir maquillé la révision des listes électorales pour qu’elle profite au BJP, le parti nationaliste hindou de Narendra Modi. Cette fois, le leader des cafards a été placé en détention sitôt arrivé à New Delhi pour mener une manifestation réclamant la démission du chef de la Commission électorale, Gyanesh Kumar.

M. Dipke et deux autres dirigeants du CJP ont été interpellés avant même de pouvoir débarquer de l’avion. “C’est une dictature”, a-t-il lancé dans une vidéo sur les réseaux sociaux, quelques minutes avant d’être emmené par la police. “Nous n’avons pas peur de vous. Allez-y, arrêtez-nous. Victoire à Notre Mère l’Inde ! Vive la révolution !”Bien que son mouvement prospère, Abhijeet Dipke répète que “cela ne sert à rien d’en faire un parti politique quand les élections sont truquées et que les résultats sont déjà prédéterminés”.”Modi a accepté la défaite avant même que notre protestation ne commence”, a-t-il commenté en voyant Delhi placée sous un strict dispositif de sécurité depuis vendredi, avec des dizaines de milliers de policiers et de paramilitaires déployés pour empêcher ceux qui tentent de rejoindre le principal lieu de protestation au cœur de la ville.”La répression massive contre les manifestants et la mise sous cloche de Delhi ne sont pas des signes de force, mais ceux d’un dirigeant terrifié par son propre peuple”, conclut le roi des cafards.

Sat, 10 Oct 2026 14:23:30 GMT