La mobilisation lycéenne se poursuit, l’affectation de professeurs remplaçants s’accélère

Le blocage de lycées et universités s’est poursuivi mercredi, à la veille d’une nouvelle rencontre au ministère, tandis que le gouvernement mise sur un essoufflement avec l’arrivée des vacances scolaires et accélère l’affectation de professeurs remplaçants. Seule réponse concrète apportée à ce stade par le gouvernement après deux semaines de mobilisation pour réclamer plus de moyens pour l’Education nationale et l’Enseignement supérieur, le plan d’urgence de remplacement de professeurs absents s’est traduit par l’affectation depuis vendredi d’environ deux-tiers des professeurs remplaçants (TZR), soit 2.000 sur les 3.000 promis, selon le ministère de l’Education nationale.

En outre, “170 contractuels ont été recrutés par les académies sur la base de l’autorisation des 920 que je leur ai donnée”, a affirmé à l’Assemblée nationale mercredi le ministre Édouard Geffray. Selon lui, sur les 3.700 lycées en France, “un tiers des lycées n’a jamais été perturbé”, “un tiers des lycées a connu une perturbation très modérée sur une durée très limitée, généralement une journée ou une matinée” et “un tiers des lycées a connu une perturbation plus importante”.”Trente-sept établissements ont été partiellement incendiés”, a-t-il affirmé, également auditionné au Sénat.

Mercredi, “160 établissements en fin de matinée étaient bloqués”. À Nantes, la réouverture du lycée Nelson Mandela, dont le hall a été incendié début octobre, est envisagée pour la mi-novembre par la région. Après la cinquième journée de mobilisation massive mardi, ayant réuni entre 161.500 manifestants (selon l’Intérieur) et 480.000 (selon l’intersyndicale de la jeunesse), des établissements ont continué d’être bloqués mercredi, comme les lycées parisiens Voltaire, Hélène-Boucher, ou Balzac, selon les constatations de l’AFP.

Dans le Rhône, la préfecture a recensé des rassemblements devant onze lycées et l’université Lyon 3. Devant le lycée lyonnais Ampère, des policiers ont empêché dès 06H00 un blocage. “Les CRS contrôlent tout le monde au bout de la rue, les pancartes et les sacs”, a déploré Corentin, élève de terminale. Le lycée Algoud-Laffernas à Valence (Drôme) a repris les cours en distanciel, après l’incendie de son portail et des bris de vitres mardi, selon la préfecture.

En Gironde, douze lycées publics sont restés fermés, selon le rectorat. À Bordeaux, un incendie de poubelles, devant le lycée La Ruche, s’est propagé à la façade et au rez-de-chaussée, a indiqué la police. Plusieurs universités, comme Lyon 2 ou la faculté de droit et de science politique de Rennes, restent fermées pour la semaine. – Près de 8.000 gardes à vue – Deux récits s’affrontent cette semaine: le gouvernement dit constater un essoufflement du mouvement, à l’approche des vacances de la Toussaint, démenti par les syndicats lycéens et étudiants qui ne veulent “rien lâcher”.

À la veille d’une nouvelle rencontre, jeudi à 17H30, avec les représentants des lycéens, Édouard Geffray a de nouveau promis mercredi après-midi d’apporter “des réponses” aux lycéens, après avoir reçu plus de 90.000 contributions sur la plateforme de concertation en ligne.”On va voir s’ils vont nous annoncer, une bonne fois pour toutes, des choses concrètes, parce que jusqu’ici, on n’a eu que des miettes”, a jugé sur franceinfo Pierre Sourzat, président de l’organisation Les Lycéens !.

Les manifestants réclament un investissement massif de 10 milliards d’euros. L’Union syndicale des lycéens appelle à poursuivre les blocages et à rejoindre, samedi, la manifestation des “gilets jaunes” contre “la vie chère”. “Le mouvement s’intensifie, il y a une vraie convergence et on s’en réjouit”, selon son président Ryad Rani.

Les lycéens interrogés par l’AFP mercredi matin apparaissaient partagés sur la suite. À Strasbourg, les cours ont repris au lycée Kléber, théâtre d’affrontements ces dernières semaines. “On a obtenu des choses, des profs remplaçants, on n’a pas protesté pour rien”, juge auprès de l’AFP Bilel, 15 ans, qui n’ira “pas manifester samedi” car “c’est trop dangereux”.”Il y a encore de la colère, mais globalement on veut que les choses se calment maintenant”, a estimé Marie, 17 ans, qui a toutefois “du mal à digérer” la “violence de la police”, et “pense aller manifester samedi”, même si elle a “un peu peur”.

Quelque 7.950 personnes, dont 6.773 mineurs, ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement lycéen, 26 ayant été placées en détention provisoire, selon un bilan judiciaire fourni mercredi par la Chancellerie. Les proviseurs ont annoncé, par la voix de leur principal syndicat, le SNPDEN-Unsa, une “opération rideaux” à partir de 13H00 jeudi. “Même si c’est symbolique, fermer la porte, arrêter de répondre aux sollicitations, c’est, de la part de notre profession, inhabituel et vise à marquer notre ras-le-bol”, a insisté le secrétaire national Olivier Beaufrère, évoquant des personnels “laminés”.

À ce jour, “148 personnels de l’Éducation nationale ont été blessés dans le cadre de ce mouvement”, a indiqué mercredi Édouard Geffray.eva-bur-jpa-alh-maj/ito/abl

Wed, 14 Oct 2026 16:55:41 GMT