L’incendie de Gironde, totalement imprévisible, pourrait s’aggraver avec la chaleur
L’incendie hors norme et imprévisible qui ravage la Gironde depuis mercredi reste dimanche à une quinzaine de kilomètres de la métropole bordelaise, forçant l’évacuation sans précédent de communes entières, mais les températures élevées des prochains jours pourraient “aggraver le phénomène”. Des milliers de pompiers et militaires, impuissants face à un brasier extraordinaire comparé par un pompier à un ouragan, s’acharnent sur son périmètre pour tenter de le priver de combustible.
Emmanuel Macron présidera lundi à 10H00 une “cellule interministérielle de crise” au ministère de l’Intérieur consacrée aux incendies en France, selon l’Elysée. Les flammes ont ravagé depuis mercredi 42.000 hectares, un chiffre stable par rapport au dernier bilan mais le feu “poursuit sa progression”, selon un point de la préfecture à 16h30. Cet incendie pourrait rivaliser avec celui de 1949 (50.000 hectares ravagés) qui avait embrasé la forêt des Landes de Gascogne, le plus meurtrier jamais vu en France et le plus important depuis la Seconde guerre mondiale.
L’opération d’évacuation, qui concerne 220.000 personnes en Gironde, est aussi l’une des plus grosses de ce type jamais organisée en France. Le feu n’étant pas fixé, aucun retour des évacués n’est envisageable à ce stade tout comme la reprise du travail lundi dans les communes concernées, a prévenu la préfète Sophie Brocas lors d’une conférence de presse.- Nouvelle vague de chaleur -Météo-France prévoit une probable vague de chaleur depuis le Sud-Ouest à partir de mardi avec des maximales jusqu’à 40° et des vents un peu moins forts mais plus secs.”C’est un facteur qui pourrait, j’utilise le conditionnel, qui pourrait aggraver le phénomène”, a ajouté la préfète.
L’évacuation de Bordeaux “n’est pas à l’ordre du jour”, a réaffirmé à la mi-journée son maire Thomas Cazenave, mais dans les rues de la ville, Antoine Gastineau, père de deux enfants, réfléchit à “un plan de secours” pour s’éloigner des feux dont les fumées dégradent la qualité de l’air. Le seuil d’alerte aux particules fines a été dépassé dans quatre départements.
D’autres sont plus rassurés: “On a les fumées, mais c’est tout (…) pas d’inquiétude, c’est un refuge”, a confié à l’AFP Carole Chalel, après avoir été évacuée de Marcheprime, où des dizaines de camions de pompiers bataillaient dans l’après-midi contre de multiples avancées des flammes. Cette commune est située à proximité de l’A63 qui relie Bordeaux à l’Espagne, fermée sur 60 kilomètres, et des rails desservant le sud de la ville, sur lesquelles le trafic SNCF est interrompu.
Les touristes ont été invités à reporter leur venue dans la région. En plus de la cellule de crise, le gouvernement réunira lundi en urgence les professionnels du tourisme, de l’énergie, des télécoms et des assurances.- “David contre Goliath” -“Le front change en permanence de position. On ne peut pas lutter. On est comme David contre Goliath”, explique le lieutenant-colonel Éric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Face à cette virulence, les pompiers se concentrent sur la protection des habitations, en espérant qu’un point faible apparaîtra, ou que des pluies abondantes arriveront, ce qui n’est pas prévu dans les prochains jours.
Au total, 240 habitations ont été détruites en Gironde, selon la préfecture. Si aucune victime civile n’est à déplorer, 75 sapeurs-pompiers ont été blessés, dont dix ont dû être évacués. Des centaines de personnes ont été évacuées en urgence de plusieurs établissements médico-sociaux. Le président du département et patron du SDIS 33, Jean-Luc Gleyze a évoqué un Ehpad “à découvert” au Parc des expositions à Bordeaux et souligné la nécessité de trouver des places d’accueil dans des structures adaptées plus durables.- “Solidarité” -Une “vague de solidarité”, saluée par la préfète, a permis de libérer les pompiers volontaires dans les entreprises mais aussi à des agriculteurs de prêter main-forte sur le terrain.
Des supermarchés ont fait des dons aux centres d’évacués tandis que les particuliers s’organisent pour accueillir des déplacés ou leur offrir quelques victuailles. Les pompiers bataillent aussi pour protéger des sites industriels sensibles (Poudrerie, usine de missiles, centres de recherche, fermes photovoltaïques) disséminés dans l’ouest de la région bordelaise. Dix-huit moyens aériens sont mobilisés et l’A400M – un avion militaire transformable pour lutter contre les feux déployé pour la première fois samedi – devait être de nouveau mobilisé dans l’après-midi.
Dans les Landes, autre front majeur, l’incendie de Biscarrosse était dimanche “mieux contenu mais pas fixé”, selon la préfecture, concernant désormais 3.600 hectares contre environ 3.500 la veille. Dans le Var, où 2.000 personnes ont été évacuées, l’incendie est “contenu” mais “pas fixé” avec des reprises attisées par le mistral, après avoir parcouru 4.500 hectares, selon les pompiers.
D’autres feux sont en cours en Corse et dans les Hautes-Alpes. Les forêts s’enflamment d’autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles.cas-al-jed-mk-juc-tmn/mdz/fio
Sun, 26 Jul 2026 16:36:56 GMT
