Le scrutin s’annonce serré et Donald Trump le suit de “très près” : les Brésiliens ont commencé à voter dimanche pour choisir entre le président de gauche Lula et son rival conservateur Flavio Bolsonaro, un choix de société dans un pays polarisé. Encouragée par le président américain, la droite a engrangé les victoires récemment en Amérique latine. Un basculement de la première puissance économique de la région serait retentissant.
Des villages reculés d’Amazonie aux terres agricoles du Sud et aux favelas des grandes villes, quelque 160 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Certains votent sans enthousiasme. “Rien ne change jamais, ils font juste des promesses”, dit à l’AFP Janaina Oliveira, 45 ans, une administratrice vivant à Rio de Janeiro. “On vote pour le moins pire”, ajoute-t-elle.
Elle a opté pour Flavio Bolsonaro. À bientôt 81 ans, Luiz Inacio Lula da Silva brigue un quatrième et dernier mandat non consécutif et affirme que la souveraineté du Brésil est en jeu face aux pressions américaines. Il livre bataille contre le sénateur Flavio Bolsonaro, 45 ans, fils de l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, condamné pour tentative de coup d’État.”Le peuple devra choisir entre le renforcement du régime démocratique et la barbarie”, a lancé le président sortant après avoir voté dans l’État de Sao Paulo (sud-est).
Coiffé de son habituel panama, il a brandi devant les journalistes un drapeau brésilien. À la sortie de son bureau de vote à Rio, le fils Bolsonaro a promis de “libérer le peuple brésilien”.”Le Brésil a besoin de changement, le Brésil ne supporte plus tant de souffrance, tant d’impôts élevés, tant de femmes tuées, tant de persécution politique”, a-t-il affirmé.
Peu connu jusque-là, il a été lancé par son père quand ce dernier a été condamné à 27 ans de prison pour avoir voulu s’accrocher au pouvoir après sa défaite de 2022 face à Lula.- Inquiétudes et déceptions -Les deux favoris veulent croire à une victoire dès dimanche, mais les sondages les montrent encore assez loin des 50 %. Une enquête de l’institut Datafolha publiée samedi soir donnait au président sortant 45 % d’intentions de vote au premier tour, contre 42 % à son rival, soit une quasi-égalité vu la marge d’erreur.
Un éventuel second tour aurait lieu le 25 octobre. Une poignée de petits candidats penchent à droite et devraient se reporter sur Flavio Bolsonaro. Les résultats son attendus quelques heures après la fermeture des bureaux à 17H00 (heure de Brasilia), soit 20H00 GMT.”Je suis très inquiète de la direction que prend le pays, parce que je veux être indépendante, je ne veux être la colonie de personne”, lâche Maria de Nazaré Azevedo, fonctionnaire de 57 ans vivant à Rio.
Elle votera à gauche.”Ce dont nous avons besoin, c’est d’un changement. Là où je travaille, il y a beaucoup d’agressions, j’ai déjà été témoin de plusieurs incidents. Le plus important, c’est notre sécurité”, a expliqué dans le même bureau de vote Babiliana Figueira, pompière de 40 ans. Elle a choisi le fils Bolsonaro. Revenu au pouvoir en 2023, le chef de l’État sortant est reconnu pour ses programmes sociaux qui ont sorti des millions de personnes de la pauvreté dans les années 2000.
Il se flatte d’un chômage historiquement bas, mais les électeurs se plaignent du coût de la vie et de la criminalité. Son adversaire a promis la manière forte contre le crime et une politique de rigueur face à la hausse de la dette publique.- Facteur Trump -La campagne a connu davantage de scandales et de coups bas que de discussion sur les programmes. Les deux camps se sont renvoyé aussi les accusations de malversations.
Flavio Bolsonaro est visé par une enquête pour corruption et blanchiment d’argent sur le financement d’un film à la gloire de Jair Bolsonaro. Lula a passé en 2018-2019 plus de 18 mois en prison pour corruption, avant de voir sa condamnation annulée pour motifs de procédure. Donald Trump n’a pas apporté son soutien à Flavio Bolsonaro mais son influence a pesé sur la campagne.
Il a dégainé droits de douane et sanctions contre le Brésil depuis le procès de 2025 contre son allié Jair Bolsonaro. Alors que dans les meetings de la droite on a vu de grands drapeaux américains, Lula a appelé le locataire de la Maison Blanche à ne pas “se mêler” des élections.
Sun, 04 Oct 2026 13:50:57 GMT
