“On l’a fait”: au Michigan, Abdul El-Sayed ou la victoire d’une nouvelle gauche

“Michigan, nous l’avons fait!”, lance le démocrate Abdul El-Sayed aux centaines de personnes réunies dans son QG à Detroit en annonçant sa victoire. “Je suis si fier et honoré de me tenir devant nous”. Issu de l’aile gauche du parti, il a remporté mardi la course au Sénat dans l’Etat du Michigan, au nord des Etats-Unis, une victoire faisant de lui le premier sénateur musulman du pays.

Ce médecin s’opposait dans ce scrutin très serré à l’ex-député républicain et agent du FBI Mike Rogers, qui était soutenu par Donald Trump et avait reçu à deux jours du scrutin le soutien inopiné d’une démocrate.”Je suis aux anges”, confie à l’AFP Trunetta Roach, 75 ans, qui a revêtu pour cette soirée électorale des talons hauts aux couleurs des Etats-Unis.

Cette Américaine se félicite que les jeunes aient “répondu présents” au scrutin. “Ils ne semblaient pas très motivés, mais je me trompais”, glisse-t-elle. Le revirement de l’élue Haley Stevens, que M. El-Sayed avait battu lors des primaires, avait ébranlé les démocrates dans la dernière ligne droite des élections, mais n’aura pas empêché cette figure montante du mouvement progressiste américain de se faire élire.

A l’instar de Zohran Mamdani maire de New York, Abdul El-Sayed avait fait campagne en promouvant des mesures de gauche, dont l’instauration d’une couverture médicale universelle. Sa victoire permet aux démocrates de conserver un siège clé à la chambre haute du Congrès. – “Obligation” – Les républicains avaient mené ces derniers mois une campagne agressive contre les démocrates en campagne, et particulièrement Abdul El-Sayed, n’hésitant pas à le dépeindre comme un communiste, un extrémiste ou encore un “sympathisant terroriste”.

Le candidat de 42 ans, connu pour son franc parler, déroulait face à ces attaques son programme et promettait aux Américains de lutter contre un système de santé dysfonctionnel et bien trop coûteux. “Vous méritez de pouvoir voir un docteur sans devoir payer une facture exorbitante”, avait-il rappelé aux électeurs à la veille du scrutin. Il leur avait également promis de “faire sortir l’argent de la politique” et de s’attaquer aux difficultés économiques étouffant les ménages.”Tous les responsables politiques sont tellement nuls.

Alors voir des musulmans intègres nous représenter au premier plan et montrer à tout le monde ce que nous sommes réellement (…) cela compte énormément pour moi”, explique Maryam Bozai, 28 ans. La foule rassemblée pour la soirée électorale avait mis sur les télévisions la chaîne MS NOW, penchant à gauche, et applaudissait à tout rompre à chaque fois que le bleu des démocrates apparaissait sur les écrans pour marquer un nouveau siège remporté par le parti.

Les partisans d’El-Sayed cohabitaient avec des influenceurs de gauche et des syndicalistes, ces derniers ayant mis tout leur poids dans cet État industriel au service du candidat démocrate. Eboni Taylor, vice-présidente d’une organisation soutenant les femmes noires candidates à des fonctions électives, remarque que le candidat démocrate est “allé dans des endroits où (elle) ne (s)’attendai(t) juste pas à le voir”.”Ce qui est le plus notable, c’est qu’il va dans des endroits qui ne sont pas ceux où on voit normalement le Parti démocrate.

Il va là où les gens veulent qu’il soit”, ajoute-t-elle. El-Sayed avait fait l’objet d’attaques islamophobes et de moqueries de la part de Donald Trump et du vice-président JD Vance. Mais c’est bien lui qui a eu le dernier mot. S’adressant directement à ce dernier lors de son discours de victoire, il lui a rappelé : “Vous avez l’obligation constitutionnelle de faire prêter serment en janvier”.

Wed, 04 Nov 2026 08:51:19 GMT