Le Sénat paraguayen a entamé vendredi la procédure de destitution contre le président Santiago Peña, impliqué dans un scandale bancaire, suite auquel les dépôts de quelque trois millions de clients, près de la moitié de la population du pays, ont été gelés. Le processus a été déclenché après le rejet d’un report de trois jours demandé par M. Peña, qui n’était pas alors devant le Sénat, mais représenté par ses avocats.”Cette séance a été convoquée afin de décider de l’admission ou du rejet de chaque preuve”, a déclaré le président de la chambre, Basilio Nuñez, en ouvrant la session.
La veille, le parlement n’avait pas réuni le quorum pour valider la démission présentée par le chef de l’Etat, qui espérait ainsi éviter ce procès politique. Sa destitution pourrait intervenir dès vendredi soir. La débâcle a commencé mardi lorsque la Banque centrale du Paraguay (BCP) a placé sous tutelle la banque Ueno, déclarée insolvable, ce qui a entraîné le gel des comptes des clients, ainsi que d’importants fonds publics.
Des milliers de personnes ont manifesté ces derniers jours à Asuncion pour exiger leur argent et la destitution du dirigeant de droite allié de Washington.”Je veux voir Santiago Peña en prison, parce qu’il nous a volés, il a volé le peuple, il a menti”, a déclaré à l’AFP Mariano Gimenez, un étudiant de 26 ans, lors d’une manifestation jeudi, dispersée par la police avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes.- Washington solidaire du “peuple” -Sa démission n’ayant pas été votée, M.
Peña, 47 ans, ne peut bénéficier de l’immunité parlementaire qu’il aurait alors acquise en devenant sénateur à vie, comme tout ex-président au Paraguay, ont expliqué à l’AFP des constitutionnalistes et des députés. L’ambassade des États-Unis à Asuncion a exprimé vendredi “sa solidarité avec le peuple paraguayen”, sans mentionner le chef de l’État.
Il avait annoncé sa démission alors que la Chambre des députés votait sur la procédure de destitution, approuvée par les 78 présents, y compris ceux de sa propre formation, le Parti Colorado. Les députés ont en revanche refusé d’ouvrir une procédure de destitution contre le vice-président, Pedro Alliana, 52 ans, qui pourrait donc succéder à M. Peña.”Ici, un système criminel a été mis en place pour vider une banque avec la protection d’institutions qu’il contrôlait en tant que président de la République”, avait déclaré jeudi, dans son acte d’accusation, le député d’opposition Raul Benitez.
M. Peña, ancien ministre des Finances qui a entamé en 2023 un mandat présidentiel s’achevant en 2028, détenait jusqu’à l’année dernière des actions dans le groupe qui contrôlait la banque Ueno. Le scandale a conduit à la démission du président de la BCP, Carlos Carvallo. Le ministre de l’Intérieur, Enrique Riera, a présenté la sienne jeudi, et huit dirigeants de Ueno ont été arrêtés.- L’Argentine et le foot touchés -Mercredi, le chef de l’Etat a promulgué une loi fixant un délai maximal de cinq jours ouvrables pour restituer aux déposants la plus grande partie des fonds.
Mais cela n’a pas suffi. Jeudi, le parquet général a annoncé l’ouverture d’une enquête visant M. Peña pour des “faits relatifs à la supervision et à la liquidation de Ueno Bank ainsi qu’au placement de fonds publics dans cette entité”. La crise a également touché l’Argentine, où un millier d’employés de la société technologique ITTI, appartenant au même groupe que Ueno, ont été suspendus pour 30 jours sans salaire.
Et elle affecte même le milieu sportif : la Confédération sud-américaine de football détenait environ 13 millions de dollars dans cette banque, a indiqué à l’AFP une source de la confédération ayant requis l’anonymat. Le Paraguay garde encore le souvenir de 2012 lorsque le président Fernando Lugo, a été destitué, à la suite du massacre de 11 paysans et six policiers à quelque 250 kilomètres au nord-est d’Asuncion.
Cet ancien évêque était arrivé au pouvoir en 2008, mettant fin à 61 ans d’hégémonie du Parti Colorado.str-bur/fpp/ial/
Fri, 06 Nov 2026 17:56:54 GMT
