Paraguay : le président Peña annonce sa démission dans la foulée d’une crise bancaire
Le président conservateur du Paraguay, Santiago Peña, a annoncé jeudi sa démission, dans la foulée d’un scandale bancaire affectant près de 3 millions d’épargnants, qui a dégénéré en crise politique dans ce pays allié des États-Unis. Son vice-président Pedro Alliana, 52 ans, issu du même parti Colorado, paraissait voué à assumer la présidence du pays de 6,5 millions d’habitants.
Le Parlement, réuni en session extraordinaire dans l’après-midi, devait auparavant formellement accepter la démission de M. Peña.”J’ai pris la décision de présenter ma démission de la présidence de la République”, a annoncé M. Peña, au pouvoir depuis 2023, dans une vidéo sur X. “Je le fais en pensant à la stabilité de notre pays, à la paix sociale et à la nécessité de préserver nos institutions démocratiques.”L’annonce intervient 48 heures après l’éclatement d’une crise bancaire, qui a vu la Banque centrale du Paraguay (BCP) mettre sous tutelle Ueno Bank, entité financière revendiquant 2,94 millions de clients, dont les dépôts ont été gelés temporairement. – Procès, ou démission – M.
Peña avait jusqu’à l’an dernier des actions dans une holding détenant cette banque, à la croissance rapide ces dernières années. La crise de Ueno a déclenché la colère de petits épargnants, qui mardi ont fait le siège à Asuncion d’agences de la banque. Puis ont de nouveau manifesté mercredi soir aux abords du Parlement, où des centaines de personnes ont réclamé la démission de M.
Peña aux cris de “Santi fuera !” (Santi dehors), donnant lieux a des heurts avec la police. “Ueno nous avait approuvé un prêt pour notre première maison. Mais ils n’ont jamais versé l’argent, maintenant nous n’avons plus où vivre”, se lamentait auprès de l’AFP Nadia González, 26 ans, mère de trois enfants. Au moment de l’annonce de M.
Peña, les députés débattaient en session extraordinaire sa procédure de destitution, finalement approuvée à l’unanimité, y compris le groupe du Parti Colorado du président. Mais ils ont rejeté une procédure de destitution pour le vice-président Alliana, qui lui aussi était visé dans le cadre du scandale Ueno. Ouvrant ainsi la voie à ce qu’il assume la vice-présidence. Restait toutefois à ce que le Parlement vote jeudi soir pour accepter la démission de Santiago Peña.
Une acceptation, synonyme d’impunité, qui faisait débat. Car si la démission est acceptée, M. Peña “conserve son immunité en acquérant le statut de sénateur à vie”, expliquait à l’AFP le constitutionnaliste Alcibiades González Delvalle. Et évite un procès en destitution, que mènerait le Sénat.”Je sais qu’il (Santiago Peña) a perdu la légitimité pour gouverner.
Je sais que le président, malheureusement, ne sera plus capable de construire des consensus pour poursuivre son gouvernement. Et oui, je sais qu’il est politiquement responsable de ce qui s’est passé”, avait déclaré Alejandro Aguilar, un député du Colorado, plaidant pour un procès. Dans la foulée de la mise sous tutelle d’Ueno, le président de la BCP, Carlos Carvallo, qui a par le passé dirigé cette même entité, avait annoncé sa démission, réclamée par le président Peña.
Huit cadres d’Ueno ont été placés en détention provisoire, et des poursuites ont été engagées contre une vingtaine d’autres personnes depuis mardi. Mercredi, le Parlement a adopté une loi expresse prévoyant de premiers versements, “dès les prochaines 24 heures”, à des épargnants lésés, des avances qui pourront atteindre jusqu’à l’équivalent de “40 salaires mensuels minimum”, selon la loi publiée mercredi par le chef de l’État sur X, soit 121 millions de guaranis (près de 20.000 dollars). – “Sans argent” – “Je n’ai même pas envie de parler, ce n’est même pas la peine parce qu’aujourd’hui je suis sans argent.
Maintenant, il faut attendre 4 heures pour qu’on nous assigne une banque où nous irons récupérer le fruit de nos efforts”, grondait Reinaldo Gómez, 48 ans, vendeur ambulant dans le centre d’Asunción. Dans son message de démission, Santiago Peña affirmait n’avoir désormais “qu’une priorité : la tranquillité des Paraguayens qui ont confié leurs économies à notre système financier”.”Je veux demander pardon au peuple si, à un moment donné, j’ai failli.
Je n’ai jamais eu l’intention de trahir la confiance que vous aviez placée en moi”, a-t-il ajouté. Santiago Peña avait été élu confortablement en 2023. Cet économiste, passé notamment par la BCP et le Fonds monétaire international, incarnait la jeune génération du Parti Colorado, hégémonique depuis sept décennies sur la politique paraguayenne.
Thu, 05 Nov 2026 19:59:47 GMT
