Poutine en visite pour la première fois aux îles Kouriles, disputées avec le Japon

Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu pour la première fois jeudi dans les îles Kouriles, en Extrême-Orient, une visite jugée “absolument inacceptable” par le Japon qui revendique une partie de cet archipel. Les relations russo-japonaises sont marquées par des tensions autour de certaines de ces îles, considérées par Tokyo comme occupées par l’Union soviétique depuis 1945.

C’est la première visite d’un président russe sur ce territoire depuis celle en 2010 de Dmitri Medvedev, qui avait alors été le premier dirigeant russe à s’y rendre, suscitant la colère de Tokyo. Au lendemain d’une visite à Ioujno-Sakhalinsk, sur l’île de Sakhaline, où il a visité un hôpital, Vladimir Poutine s’est rendu jeudi à Itouroup, dans le sud de l’archipel des Kouriles, selon une vidéo diffusée par le Kremlin.

Les médias russes ont précisé qu’il y avait notamment visité une usine de transformation de poisson, où on lui a offert du caviar, et une école. A Sakhaline, Vladimir Poutine avait présidé une réunion “sur la garantie de la sécurité des frontières orientales de la Russie”, d’après l’agence de presse RIA Novosti. Tokyo a vivement réagi à son déplacement dans les Kouriles : “Cette visite (…) heurte les sentiments du peuple japonais, elle est absolument inacceptable. (…) Nous protestons vigoureusement”, a déclaré la Première ministre japonaise Sanae Takaichi.

Elle a rappelé que Tokyo avait exhorté Moscou à ne pas organiser de voyage présidentiel dans cette région. “Cette visite a encore exacerbé le ressentiment de l’opinion publique japonaise à l’égard de la Russie et rendu plus difficile l’amélioration des relations”, déjà mises à mal par la guerre en Ukraine, a ajouté Mme Takaichi. De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a convoqué l’ambassadeur de Russie au Japon, Nikolaï Nozdrev, pour lui signifier ses “vives protestations”.

Nikolaï Nozdrev a répondu que l’appartenance de ces îles à la Russie “ne fait aucun doute” et que les déplacements intérieurs de Vladimir Poutine “ne peuvent pas faire l’objet de discussions avec des Etats étrangers”, selon l’ambassade russe à Tokyo. Après l’offensive russe en Ukraine en février 2022, le Japon avait durci le ton et fait valoir, pour la première fois depuis 2003, que la partie la plus méridionale des Kouriles, au nord de son territoire, était “occupée illégalement” par la Russie.”Les Territoires du Nord constituent une partie inhérente du territoire du Japon, tant sur le plan historique qu’au regard du droit international”, a insisté jeudi M.

Motegi, utilisant l’appellation japonaise des îles revendiquées.- Archipel stratégique -“Le Japon a identifié la Russie comme l’une des principales sources de menace. Je tiens à souligner que nous ne menaçons pas le Japon. (…) Au contraire, c’est lui qui a des revendications territoriales à l’encontre de notre pays”, a déclaré M. Poutine mercredi.

La Russie et la Chine se sont récemment rapprochées, leurs marines et leurs forces aériennes effectuant des exercices ensemble dans des zones proches du Japon, ce qui conduit les avions japonais à décoller en mode alerte des centaines de fois par an. De son côté, la Corée du Nord, qui a dénoncé ce mois-ci le renforcement militaire du Japon, a également envoyé des soldats et des obus d’artillerie pour soutenir l’effort de guerre de la Russie face à l’Ukraine.

Début août, le Japon a souligné à nouveau les risques croissants représentés par ces trois pays dans son dernier livre blanc de la défense. L’Union soviétique avait pris possession de l’archipel volcanique stratégique des Kouriles, situé au nord de l’île nippone d’Hokkaïdo, dans les derniers jours de la Deuxième Guerre mondiale. Moscou y maintient depuis lors une présence militaire.

Ce contentieux empêche depuis les deux pays de conclure un traité de paix officiel et donc de régler cette question. Environ 20.000 citoyens russes vivent dans ces îles au climat rigoureux mais qui possèdent des gisements minéraux, notamment d’or et d’argent, ainsi que de riches zones de pêche . Après 1945, l’URSS avait expulsé leur population japonaise d’environ 17.000 personnes.

Les îles ont acquis une importance stratégique, servant de bases aériennes et navales pendant la Guerre froide, lorsque l’Union soviétique était confrontée aux Etats-Unis et à leur plus proche allié dans le Pacifique, le Japon.”Les Kouriles ont été fortifiées avec des systèmes de missiles de défense côtière Bastion et des avions de chasse Su-35. Ceux-ci fournissent à la Russie des instruments de contrôle des voies maritimes dans la région, ainsi qu’un moyen de pression face à la revendication japonaise” d’une partie de cet archipel, a déclaré Yee Kuang Heng, professeur à la Graduate School of Public Policy de l’Université de Tokyo. “La visite de Poutine est peut-être un rappel des cartes dont il dispose mais aussi de son mécontentement face aux sanctions que le Japon continue d’imposer à la Russie depuis l’invasion de l’Ukraine”, a-t-il déclaré à l’AFP.

Thu, 13 Aug 2026 14:38:26 GMT