Présidentielle au Pérou : Sanchez, candidat de gauche radicale, en position d’affronter Fujimori au second tour

Le candidat de gauche radicale à la présidentielle péruvienne, Roberto Sanchez, s’est hissé mercredi à la deuxième place des résultats partiels et se profile pour affronter la conservatrice Keiko Fujimori au second tour. Dans un climat tendu marqué par des dysfonctionnements logistiques lors du scrutin de dimanche et des accusations de fraude, les deux favoris ont appelé à la responsabilité et au respect des résultats.

Avec 91% des bulletins dépouillés, l’écart avec l’ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga, longtemps deuxième, restait serré dans un décompte encore susceptible d’évoluer. Keiko Fujimori, 50 ans, fille de l’ancien président autocrate Alberto Fujimori, au pouvoir dans les années 1990, arrivait en tête avec 17% devant Sanchez (12%) et Lopez Aliaga (11,8%). Le dépouillement, d’abord dominé par les résultats de Lima, bastion de Rafael Lopez Aliaga, a progressivement laissé apparaître la progression de Roberto Sanchez, dont le socle électoral se concentre dans les zones rurales du sud andin.”Il convient d’accepter ces résultats”, a déclaré mercredi à des journalistes Roberto Sanchez. “S’il y a des divergences ou des soupçons, ils doivent être étayés par des preuves solides”.

Mardi, dans un entretien à l’AFP, il avait appelé “toutes les forces démocratiques du Pérou, ainsi que la communauté internationale, à veiller au respect des résultats officiels”.”Notre engagement est en faveur de la démocratie, de la transparence et surtout de l’ordre”, a affirmé Mme Fujimori. “Plus que jamais, il faut faire preuve de responsabilité et de maturité politique.

Nous ne pouvons pas créer davantage de chaos”. Marqué par des retards dans l’acheminement du matériel électoral, le scrutin a alimenté critiques et accusations de fraude. Rafael Lopez Aliaga, un admirateur de Trump surnommé Porky, a rassemblé mardi soir des centaines de partisans à Lima et donné “24 heures” aux autorités électorales pour annuler le scrutin, qu’il a dénoncé comme “une fraude”.”Nous voulons de nouvelles élections”, scandait la foule rassemblée devant les bâtiments de l’autorité électorale (JNE).- Etat plurinational -Ces problèmes logistiques ont empêché plus de 50.000 électeurs de voter, contraignant les autorités à prolonger le scrutin d’une journée.

Reconnaissant de “graves dysfonctionnements”, la cheffe de la mission d’observation de l’Union européenne, Annalisa Corrado, a néanmoins déclaré mardi n’avoir relevé “aucun élément objectif” de fraude.   Le JNE a porté plainte contre plusieurs responsables de l’Office national des processus électoraux (ONPE) pour atteinte au droit de vote.

Roberto Sanchez, ancien ministre de Pedro Castillo, s’affirme comme l’héritier politique de l’ex-président condamné en 2025 à 11 ans de prison pour rébellion après sa tentative de dissolution du Parlement. “Il sera libéré par notre gouvernement”, a-t-il assuré à l’AFP. Le leader de Juntos por el Peru affirme vouloir porter une “nouvelle Constitution” et instaurer un “Etat plurinational” afin de gouverner avec les peuples autochtones, à l’image de ce qu’a fait Evo Morales en Bolivie. “Il existe un immense désir de changement” parmi les populations exclues.

Avec son chapeau de paysan porté pendant la campagne, il a cherché à associer son image à celle de Castillo, syndicaliste et instituteur devenu président, aujourd’hui emprisonné. Roberto Sanchez incarne “un vote rural (…), plus contestataire, plus à gauche, davantage dans la revendication et l’inclusion”, explique à l’AFP le politologue Jorge Aragon, qui estime qu’il pourrait constituer un adversaire plus difficile pour Keiko Fujimori au second tour que Rafael Lopez Aliaga. Si cela se confirme, “d’une certaine manière, l’élection de 2021 se rejouerait”, lors de laquelle la candidate de droite avait échoué face à Pedro Castillo.

Plus de 27 millions d’électeurs ont été appelés à voter lors de ce scrutin obligatoire pour élire président et parlementaires, avec le retour d’un Parlement bicaméral inédit depuis 1990. Dans un pays qui a connu huit présidents en dix ans, le scrutin de dimanche, marqué par un record de 35 candidats, s’est sur fond de flambée de la criminalité. Le prochain président doit être investi le 28 juillet.

Wed, 15 Apr 2026 20:39:53 GMT