Procès libyen: une ultime fois, la défense de Sarkozy brocarde un “roman grotesque”
“Roman grotesque”, “construction creuse et artificielle”, “folles accusations”: la défense de Nicolas Sarkozy a comme prévu réclamé la relaxe de l’ex-chef de l’État mercredi, en clôture du procès en appel du financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007.”Cela fait 13 ans qu’on cherche”, “qu’on perquisitionne”, “qu’on place en garde à vue”, qu’on s’emploie “à impliquer Nicolas Sarkozy dans ce roman grotesque”, s’offusque Me Christophe Ingrain, l’un des avocats de l’ancien président qui avait fait appel de sa condamnation à cinq ans de prison en première instance pour association de malfaiteurs. Le désignant comme l'”instigateur” d’un pacte corruptif avec la Libye du dictateur Mouammar Kadhafi, le parquet général a réclamé sept ans de prison contre Nicolas Sarkozy, 71 ans, pour association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de sa campagne victorieuse avec de l’argent public libyen détourné.
C’est la peine la plus lourde réclamée contre les dix prévenus qui ont tous demandé la relaxe et devraient être fixés le 30 novembre, selon la date communiquée avant le début des débats le 16 mars. Pourtant, plaide Me Ingrain, de participation à une association de malfaiteurs il n’y eut point, faute d’acte concret de son client. Il n’aurait, par exemple, pas été informé des rencontres de ses proches, Brice Hortefeux et Claude Guéant, fin 2005, avec le N.2 du régime libyen Abdallah Senoussi, conciliabules occultes où le pacte aurait été noué selon l’accusation: de l’argent en échange de diverses contreparties, notamment un examen de la situation pénale de ce dignitaire, condamné à la perpétuité en France pour avoir commandité l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989 (170 morts).
Certes, il y eut sa propre visite, le 6 octobre 2005. Mais elle n’aurait été qu’un simple “déplacement officiel du ministre de l’Intérieur qui s’inscrivait dans le rapprochement entre la France et la Libye”, selon Me Ingrain qui interroge la cour: “Avez-vous compris quand le prétendu pacte corruptif a été scellé? Pas moi”. Et puis quel aurait été son mobile, demande son confrère, Me Sébastien Schapira, qui plaide le “bon sens”: il insiste sur l'”invraisemblance” du récit d’un homme “aux portes de l’Elysée”, qui irait “se mettre dans un pacte faustien” avec “un fou furieux”, Mouammar Kadhafi, que tout le monde savait ingérable.
Enfin, pourquoi Nicolas Sarkozy aurait-il pris le risque de solliciter des fonds libyens alors qu’il était assuré d’être le candidat de l’UMP à la présidentielle et donc de bénéficier de sa force de frappe financière? argumente encore Me Ingrain, relevant qu’aucune “dépense suspecte” n’avait été révélée dans la campagne. – “Doute abyssal” -Nicolas Sarkozy n’a “ni autorisé, ni été informé de transferts de fonds libyens sur les comptes” de l’intermédiaire Ziad Takieddine, dit encore Me Ingrain.
Sur les flux financiers suspects dévoilés par l’enquête, son confrère Tristan Gautier s’est employé à convaincre qu’ils n’avaient rien à voir avec un financement politique mais tout avec les trains de vie dispendieux de Ziad Takieddine et du fils d’Abdallah Senoussi. Au fil de la procédure, Nicolas Sarkozy a évoqué une “fable”, une “calomnie”, une “manipulation”, ou encore fustigé “la haine” des juges qui l’avaient envoyé en prison, où il a passé 20 jours après sa condamnation en première instance, incarcération historique pour un ex-président de la République.
En appel, l’ancien chef de l’État s’est montré plus sobre dans la forme, sans varier sur le fond: il n’a pas reçu ni sollicité “un centime” d’argent libyen, il n’a ni envisagé ni promis une quelconque contrepartie. Autant que sa liberté, Nicolas Sarkozy joue sa postérité. Condamné, il pourrait encore se pourvoir en cassation. Mais cet ultime recours ne porterait pas sur le fond, uniquement sur le respect des règles de droit.
Etre reconnu coupable d’avoir ourdi un pacte de corruption avec une dictature criminelle laisserait un stigmate plus profond que ses condamnations dans les affaires des écoutes ou Bygmalion.”En l’absence de toute preuve, on ne condamne pas sur une hypothèse”, estime Me Ingrain. Or le dossier ne serait selon lui que cela: un “échafaudage d’hypothèses”. “Le doute abyssal qui traverse ce dossier depuis le premier jour doit aboutir à rendre à Nicolas Sarkozy son honneur” en prononçant sa relaxe, conclut Sébastien Schapira
Wed, 27 May 2026 14:55:29 GMT
