Rugby: “s’y filer” ou se défiler, quand les staffs mettent la main à la pâte

Entre coaches “pas invités” et anciens pros qui craignent de “se faire déborder” par leurs joueurs, les entraîneurs du Top 14, souvent cabossés par des carrières exigeantes, s’impliquent plus ou moins physiquement durant les séances avec leurs groupes.”Des fois, j’aimerais m’y filer en mêlée. Eux (les joueurs), ils aimeraient des fois, je pense, pour régler quelques comptes”: avec le sourire en coin et le recul de ses 52 ans, Patrice Collazo, manager du Racing 92, résume la relation ambivalente que ses confrères et lui entretiennent avec le terrain.

Dans un sport où même les joueurs, toujours plus affûtés et puissants, payent à leur corps défendant la répétition des efforts et des collisions, les techniciens, pour la plupart d’anciens joueurs, y vont avec retenue. Certains laissent les joueurs entre eux, afin d’éviter les problèmes qui pourraient apparaître. “Moi, je ne suis pas trop pour, je crois que quand on est entraîneur, on est entraîneur, il y a un temps pour tout”, affirme Collazo. – Kinés et boucliers – D’autres préfèrent être au plus près de leurs hommes, bouclier en main pour amortir les plaquages ou crampons au pied pour être au coeur des séances.”J’aime bien un staff qui court avec les joueurs (…), c’est comme ça que j’aime animer, si je veux courir et ne pas me faire déborder par les joueurs, je me dois d’avoir une bonne condition physique”, affirme Xavier Sadourny, manager du Castres olympique, où il assure être entouré d’un staff “fou de sport”.”J’essaie de courir un peu, mais au niveau des chocs, c’est de plus en plus compliqué, sincèrement, j’y vais de moins en moins”, explique Laurent Thuéry, 37 ans et entraîneur de la défense toulousaine. “Au début, quand j’étais plus jeune et plus frais, j’y allais un peu plus, maintenant, je me l’interdis parce que sinon, je mets beaucoup trop de temps, je sollicite les kinés, c’est pas bon”, s’amuse-t-il, conscient de la robustesse de ses joueurs sur-entraînés.”Pour jouer comme ça, il faut s’entraîner à une intensité qui est quand même proche, et personnellement, je ne suis tout simplement pas invité”, poursuit-il.

Ceux qui encaissent les chocs de leurs ouailles, comme l’entraîneur des avants Virgile Lacombe (42 ans) à Toulouse ou Sean Dougall (37 ans) qui intervient pour les attitudes au contact à La Rochelle, impressionnent leurs joueurs. A l’image du deuxième ou troisième ligne international français Paul Boudehent, admiratif de l’ex-pro irlandais.”Quand tu arrêtes ta carrière de rugby et que derrière tu es coach de la défense ou des attitudes de contact, tu reprends des plaquages tout le temps aux entraînements, je ne sais pas comment il fait”, lance Boudehent à l’AFP.”Le jour où j’arrête le rugby, il n’y a plus de contact, et lui, il continue !

Moi, je lui tire mon chapeau”, poursuit le Rochelais. – Deuxième bureau – Ces entraîneurs, aux carrières de sportifs souvent bien remplies, n’ont pas toujours à se forcer pour être au rendez-vous physiquement, loin d’avoir décroché de la pratique sportive après une première vie sur les terrains.”Ça nous arrive de faire des écarts, sûrement beaucoup plus que les joueurs, mais c’est un métier quand même très prenant, donc partir faire 2-3 heures de vélo de temps en temps, ou s’inscrire à une cyclo pour se tirer la bourre avec les mecs, ça fait du bien, ça rappelle des bons souvenirs”, décrit Xavier Sadourny.

Le manager du CO, qu’il n’est pas rare de croiser sur son vélo sur les routes du Tarn, en profite aussi pour réfléchir autrement.”C’est peut-être mon plus beau bureau: deux heures de vélo, c’est là où tu te poses les bonnes questions et tu arrives à réfléchir sereinement, entre le moment où je suis parti et celui où je suis revenu, souvent les idées sont complètement à l’inverse”, assure-t-il.  

Fri, 30 Oct 2026 12:36:17 GMT