UTMB: dans la dernière ligne droite, le “soulagement” des coureurs amateurs
Souvent pétris de douleur, ils posent péniblement un pied devant l’autre. Les derniers “finishers” de l’UTMB ont vécu une course bien différente des élites avec deux nuits en montagne, des blessures qui se sont accumulées, mais le même “soulagement” à l’arrivée.”Je suis submergée par l’adrénaline et la joie”, souffle, déboussolée, l’Allemande Susanne Endress, enfin revenue dimanche sur la place du Triangle de l’Amitié à Chamonix après un peu plus de 40 heures d’effort autour du Mont-Blanc.
Le vainqueur, l’Américain Ben Dhiman, a bouclé les 174 km de l’épreuve en moins de 19 heures et la Française Blandine L’Hirondel en moins de 22 heures. “Je revois tellement d’images, tellement de montagnes, tellement de cailloux – je pense qu’il me faudra du temps pour vraiment tout digérer”, ajoute la retraitée de 63 ans, membre d’un club de triathlon à Cologne, qui a décroché sa place au tirage au sort.
A quelques mètres, la Vénézuélienne Carmen Maria Montano, 47 ans, habituée du massif pour y avoir déjà couru deux autres courses de montagne, la TDS et l’OCC, enlace longuement ses proches sous les applaudissements d’un public encore nombreux à quelques heures de la fermeture de la ligne.”La météo était parfaite cette année. Excepté au début, il n’y a pas eu de pluie.
Je me sens plutôt bien, je n’ai pas de douleurs particulières mais je suis soulagée d’être arrivée, la montée après Trient était dure à avaler”, dit celle qui a terminé en 39h58.- “Je voyais flou” -Pour beaucoup, le combat contre le sommeil a été plus dur que celui contre le dénivelé. “La fatigue s’accumule forcément, parce que je n’ai pas dormi, concède cette coureuse chevronnée aux traits tirés, j’ai hâte d’aller me reposer maintenant”.
Le Français Olivier Meng (40h04) affiche lui une mine assez fraîche: “J’ai essayé de dormir à La Fouly, il y avait du bruit, à Champex, j’avais froid, et j’ai finalement réussi à Trient. J’étais comme une masse, avec les bénévoles qui m’ont bordé”. Dix minutes de sieste ont pourtant suffi à le requinquer. “J’avais tellement sommeil que je voyais flou, même les pieds des mecs juste devant devant moi.
Après ces dix minutes, c’était nickel”, affirme-t-il, tout souriant en retrouvant un ami. La récupération s’annonce toutefois difficile: “Je ne pense pas avoir d’ampoules, mais j’ai la peau du pied qui a bien macéré. J’ai l’impression qu’elle va se décoller avec la chaussette”, avance-t-il en riant. Le Polonais Sergiusz Prazanowski, avocat de profession “qui court rarement en montagne”, a lui dû énormément ralentir après 140 km à cause de crampes et de douleurs musculaires. “J’ai terminé au mental, je me suis juste dit +garde le rythme, garde le rythme+”, raconte-t-il.
Entendre la foule à l’approche de Chamonix lui a donné un sacré coup de fouet. “J’ai recommencé à courir comme si j’étais tout neuf”, glisse-t-il avant d’aller manger avec ses deux enfants et son épouse, venus l’accueillir sur la ligne.- Des secours mobilisés -A quelques centaines de mètres de la place, un lycée transformé en infirmerie sert depuis le début de la semaine de refuge aux coureurs qui ont un peu trop forcé pour arriver à destination.
Dans les salles, podologues, kinés, médecins et infirmiers reçoivent bénévolement des athlètes diminués. “Quand il y a urgence, la personne est prise en charge sur la ligne. Ici, on accueille ceux qui ont un coup de moins bien un peu après”, dit Isabelle Paucot, coordinatrice des soignants de l’UTMB depuis une bonne vingtaine d’années. Parmi les maux les plus fréquents: ampoules, douleurs aux genoux, mais aussi des pathologies plus sérieuses comme des hypothermies ou hyperthermie. “C’est quelque chose qu’on sait très bien gérer aujourd’hui, on a de la glace à tous les postes.” “On voit de tout, des hématomes sous les ongles, des gens qui sont un peu fatigués et d’autres qui se demandent où ils sont.
Mais je trouve qu’il y a une amélioration d’année en année: le coureur commence à bien s’occuper de ses pieds”, avance la soignante. Malgré la douleur, aucun des “finishers” croisés ce dimanche ne regrette l’aventure. Cette année, environ un tiers des 2.500 engagés n’ont pas pu terminer.
Sun, 30 Aug 2026 15:35:49 GMT
