Vie dure mais grands espoirs dans le berceau de l’exploitation pétrolière du Venezuela
Dans le berceau de l’industrie pétrolière du Venezuela, un épais pétrole jaillit du sol, jusque dans les cours des maisons, chargeant l’air d’une odeur entêtante difficile à supporter pour les visiteurs. Plus d’un siècle après un boom pétrolier qui a transformé le Venezuela, Mene Grande, petite ville de moins de 30.000 habitants située près du lac de Maracaibo (ouest), se retrouve de nouveau dans le viseur des investisseurs.
Moins de dix mois après la capture du président Nicolas Maduro par l’armée américaine, Washington a signé un accord qui lui permet de contrôler 20% des réserves de pétrole du Venezuela, dans la zone du lac de Maracaibo ainsi que dans la riche ceinture pétrolifère de l’Orénoque. Dans le bassin du lac de Maracaibo et à Mene Grande en particulier, l’exploitation est plus facile. “Ce n’est pas de l’eau, mais du pétrole qui sort” des sols, s’amuse Héctor Valero Balestrini, militaire à la retraite de 67 ans, qui croit au début d’une “nouvelle ère” entre le Venezuela et les États-Unis. Sur une colline où quelques vaches paissent, des sources ressemblant à de petits volcans débordent et laissent des traînées noires solidifiées.- “Emplois et richesse” -“Nous prenons une nouvelle direction”, veut croire M.
Valero Balestrini. Cet optimisme est partagé par le président Donald Trump, qui a décrit l’investissement américain comme “le meilleur deal jamais conclu”, affirmant que le brut vénézuélien doublerait les réserves américaines et garantirait la domination énergétique des États-Unis pendant un siècle. Au Venezuela, des années de mauvaise gestion, de corruption et de sanctions américaines ont coulé l’industrie. Les richesses du sous-sol contrastent avec la précarité de la majorité des habitants. Eladio Ramon Devidez, retraité de 67 ans, montre un petit geyser de pétrole dans le patio d’un voisin qui a émigré. “Nous sommes riches de tout cela et de beaucoup de minerais, mais… nous sommes aussi pauvres”, dit-il. Alors que de nouveaux investissements sont en chemin, la vie est paradoxalement devenue plus difficile à Mene Grande en raison de la multiplication des coupures d’électricité. Symptôme de l’abandon de cette région, la route menant à cette petite ville est parsemée de nids de poule. Beaucoup d’habitants doivent s’éclairer avec des lampes portatives.
Le retraité espère que les accords signés par la présidente par intérim Delcy Rodriguez feront venir “beaucoup d’investissements”, et avec, “l’argent dont nous avons besoin”. “Pourvu que ces projets (…) se traduisent en emplois, en richesse pour tous les Vénézuéliens, parce qu’en vérité la situation est difficile”, dit-il.- Paysage en transformation-José Gregorio Martinez, enseignant à la retraite, affirme que les coupures d’électricité se sont intensifiées.
À quelques mètres de chez lui, un troupeau d’agneaux broute près d’un chevalet de pompage de la société Nabep (North American Blue Energy Partners). La compagnie, presque inconnue il y a quelques mois, est désormais sur le devant de la scène. C’est elle qui a en charge l’exploitation du “contrat historique” signé entre Washington et Caracas. A sa tête, un personnage controversé: Alejandro Betancourt, encensé par la partie américaine pour avoir réussi à transformer sa compagnie en la deuxième entreprise de production pétrolière au Venezuela.
Toutefois, plusieurs procédures de justice sont ouvertes contre lui en Europe, après qu’il a été dans le collimateur de la justice vénézuélienne. M. Martinez vit à Bachaquero, localité d’environ 40.000 habitants voisine de Mene Grande, dans un lotissement construit par le géant pétrolier public PDVSA pendant l’âge d’or de l’industrie pétrolière. L’électricité y est fournie par PDVSA mais “depuis qu’ils ont commencé le nouveau contrat avec l’entreprise Nabep (…), ils (PDVSA) nous coupent l’électricité, à nous les habitants”, car ils ont des quotas à respecter, accuse-t-il.
Sans air conditionné, les maisons deviennent des fours inhabitables. Une cinquantaine de chevalets de pompage fraîchement repeints aux couleurs du drapeau vénézuélien et portant le logo de Nabep se détachent sur un court tronçon de la route principale de Bachaquero, où les coupures de courant peuvent durer jusqu’à 17 heures. Le sexagénaire vit seul dans une maison vide, une trentaine de membres de sa famille ayant émigré face à la crise. Avec ses rues défoncées, couvertes de broussailles, et où courent les eaux usées, son quartier est loin de l’éclat passé qui rappelait les lotissements américains.
Malgré l’opacité des accords avec les Etats-Unis, ce fils de travailleur du secteur pétrolier se prend à rêver de jours meilleurs. Nos attentes sont “grandes”, “nous espérons que les choses vont s’améliorer”, confie-t-il. Pour Xiosbelis Saavedra, une commerçante de 41 ans, le nouveau boom pétrolier arrive peut-être trop tard. Elle envisage de fermer sa petite charcuterie pour émigrer, comme ses trois frères.
Elle décrit un “cauchemar: l’électricité, la lumière, l’eau, le gaz, tout. Et les prix chaque jour, c’est de la folie, c’est dramatique”, dit-elle tristement.
Fri, 25 Sep 2026 21:51:28 GMT
