Washington se rapproche de l’Inde, en invitant son Premier ministre
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a invité samedi le Premier ministre indien Narendra Modi à se rendre à la Maison Blanche dans un “avenir proche”, une semaine après un sommet avec la Chine, et entrevu “une chance” que l’Iran accepte un accord visant à mettre fin à la guerre dès samedi. Rencontrant M. Modi à New Delhi samedi, il “a transmis une invitation au nom du président Donald Trump pour que le Premier ministre Modi visite la Maison Blanche dans un avenir proche !”, a indiqué l’ambassadeur des États-Unis en Inde, Sergio Gor, sur les réseaux sociaux.”La plus ancienne démocratie du monde, aux États-Unis, et la plus grande démocratie du monde, ici en Inde, sont des partenaires naturels aujourd’hui et pour l’avenir”, a déclaré M.
Rubio, en smoking sous une chaleur accablante, en arrivant à un dîner de gala réunissant des dirigeants économiques et politiques à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis. M. Modi a de son côté déclaré avoir évoqué avec M. Rubio des questions liées à la paix et à la sécurité régionales et mondiales. “L’Inde et les États-Unis continueront de travailler en étroite collaboration pour le bien du monde”, a-t-il déclaré dans un message sur les réseaux sociaux.
Marco Rubio a aussi estimé qu’il y avait “une chance” que l’Iran accepte un accord visant à mettre fin à la guerre dès samedi. “Il est possible que plus tard aujourd’hui, demain ou dans quelques jours, nous ayons des informations à communiquer”, a déclaré M. Rubio aux journalistes à New Delhi, ajoutant qu’il espérait avoir de “bonnes nouvelles”.
Inaugurant plus tôt un nouveau bâtiment de l’ambassade américaine en coupant un ruban, M. Rubio a déclaré que la relation entre les États-Unis et l’Inde se trouvait “au cœur de notre approche de l’Indo-Pacifique”. De telles déclarations élogieuses ont pendant des décennies été monnaie courante entre les États-Unis et l’Inde. Mais Donald Trump a bouleversé les postulats de la politique étrangère américaine, prenant l’an dernier ses distances avec l’Inde, dont les dirigeants évitent les louanges personnelles et flamboyantes qu’il en est venu à attendre de ses alliés.
En 2025, il a imposé à l’Inde de lourds droits de douane, finalement été allégés, et l’Inde n’a pratiquement pas été mentionnée dans la stratégie de sécurité nationale de son administration. M. Rubio a “souligné l’importance stratégique du partenariat entre les États-Unis et l’Inde, fondé sur nos valeurs démocratiques communes, les profondes perspectives économiques et commerciales et les liens personnels étroits” entre MM.
Modi et Trump, selon le département d’État, passant sous silence les frictions. Lors de sa visite en Chine, M. Trump avait salué l’accueil du président Xi Jinping, malgré des annonces concrètes limitées, et évoqué l’idée d’un “G2”, formulation tombée en désuétude ces dernières années, les alliés de Washington craignant d’être exclus de ses relations avec une Chine montante.
L’Inde a également été alarmée par la rhétorique virulente du président républicain contre l’immigration et par sa répression des visas utilisés par les professionnels de la technologie. Dans sa dernière mesure, l’administration Trump a déclaré vendredi que les demandeurs de résidence aux États-Unis, même lorsqu’ils se trouvent légalement sur le territoire, doivent partir pour déposer leur demande, ce qui risque de déchirer de nombreuses familles d’immigrés. Dans une interview au réseau d’information NDTV à New Delhi, M.
Rubio a déclaré que cette mesure visait à répondre à une “crise migratoire” mondiale et qu’elle “ne concernait pas spécifiquement l’Inde”. Mais il a reconnu qu'”il y aura quelques désagréments”. Catholique pratiquant, il a entamé son déplacement de quatre jours en Inde dans la métropole orientale de Calcutta, guirlande de fleurs autour du cou, au siège des Missionnaires de la Charité, pour se recueillir sur la tombe de Mère Teresa. Si Donald Trump évoque rarement les droits de l’homme, certains éléments de sa base ont exprimé des inquiétudes concernant le traitement des chrétiens sous le gouvernement du nationaliste hindou Modi, conférant une forte portée symbolique à ce choix comme première étape de la visite. Les organisations de défense des droits alertent sur une augmentation des attaques contre les chrétiens, minoritaires, dans toute l’Inde, depuis l’arrivée au pouvoir de Modi en 2014, incluant du vandalisme contre des églises.
Le gouvernement indien rejette ces accusations, qualifiées d’exagérées et motivées par des considérations politiques. Avant de repartir mardi, M. Rubio participera à une réunion des ministres des Affaires étrangères du Quad, fédérant l’Australie, l’Inde, le Japon et les Etats-Unis et visant entre autres à faire contrepoids à la présence de la Chine dans l’océan Indien.
Pékin se montre depuis longtemps circonspecte à l’égard du Quad. La guerre en Iran vu le retour sur le devant de la scène du Pakistan, ennemi juré de l’Inde. Son puissant chef de l’armée s’est, vendredi à Téhéran, posé en médiateur dans le conflit. M. Trump s’est cependant rapproché du Pakistan, qui l’a couvert d’éloges pour sa diplomatie lors d’une brève guerre avec l’Inde l’an dernier.
M. Modi avait de son côté irrité M. Trump en ne lui attribuant pas le crédit d’avoir mis fin à cette guerre, au cours de laquelle l’Inde a frappé le Pakistan après le massacre de civils majoritairement hindous au Cachemire, administré par l’Inde.
Sat, 23 May 2026 16:16:34 GMT
