Visite du pape : dans une ville d’Uruguay, des espoirs de retombées et des doutes

Dans la petite ville uruguayenne de Paysandu, où Léon XIV célébrera samedi la première messe de sa longue tournée en Amérique latine, beaucoup espèrent se remplir les poches grâce à la visite papale. Paysandu, environ 90.000 habitants, attend au moins 30.000 pèlerins dans un parc à la périphérie de la ville.”Les attentes commerciales sont grandes, mais avec beaucoup de prudence”, affirme Daniel Bellafont, propriétaire d’un restaurant du centre de cette ville du nord-ouest du pays.

Il se remémore “Les toilettes du pape”, un film uruguayen à succès de 2007 qui est aujourd’hui dans toutes les têtes, selon lui. Inspiré du livre “Le jour où le pape est allé à Melo” du Brésilien Aldyr Garcia Schlee, le film raconte, sur le ton de la tragi-comédie, comment, en 1988, la visite de Jean-Paul II dans cette ville frontalière avec le Brésil a poussé de nombreuses personnes à s’endetter pour investir dans de la nourriture et des boissons à vendre aux fidèles. Au final, très peu de pèlerins se rendirent à Melo et la bonne affaire espérée se transforma en échec cinglant dont certains mirent des années à se relever.

En Uruguay, le pays le plus laïque d’Amérique latine, seulement 35 % de la population se déclare catholique, contre 55 % en Argentine ou 67 % au Pérou, les deux autres pays que le pape visitera au cours de ce voyage de 12 jours, selon un sondage de Latinobarómetro. – “Beaucoup investi” -Près de 40 ans après Jean-Paul II, l’arrivée d’un autre pape ravive ce souvenir douloureux chez les Uruguayens. M.

Bellafont dit avoir observé “une nette augmentation de l’activité” dans la ville ces derniers jours.”Mais nous ne savons pas combien de gens vont venir, s’ils vont dépenser, s’ils ne font que passer… Ces 30.000 personnes qui vont à la messe dans le parc, est-ce qu’elles vont rester à Paysandu ou repartir ? Il faut donc être à la hauteur, il faut miser.

Mais avec prudence”, explique-t-il. Les autorités locales sont conscientes des craintes, mais excluent qu’une expérience comme celle de Melo se répète. José Manuel Galvan, coordinateur du tourisme pour le département de Paysandu, indique que les autorités tentent de gérer les attentes afin de “s’assurer que personne ne s’endette” pour la visite de Léon XIV.

Rubén et Jessica ont parcouru 350 km depuis la ville méridionale de Las Piedras pour vendre des drapeaux pour un match de football ainsi que des écharpes, des chapeaux et des bandanas à l’effigie du pape. Mais trois heures après avoir installé leur étal, les autorités les ont chassés. “Nous dormons dans la voiture, nous mangeons ce que nous pouvons, avec une mauvaise hygiène… c’est horrible”, témoigne Jessica, dévastée. “Nous avons beaucoup investi, et si nous ne vendons pas maintenant, qu’allons-nous faire (de ces produits dérivés)?”, se demande-t-elle.

Après une visite d’environ trois heures à Paysandu, le pape regagnera Montevideo et se rendra dans le quartier de Casavalle, qui affiche le taux d’homicides le plus élevé de la capitale, ainsi qu’à l’Université catholique et au stade Centenario, où il présidera une veillée de prière pour 60.000 personnes.

Sat, 07 Nov 2026 13:14:11 GMT